Valentin Givaudan

1925-2017

de Saint-Laurent-du-Cros

Propos recueillis par Marie Ange FERRERO CESMAT

Retranscrit par Jean Claude BAUDOUIN

 « J’avais 18 ans à la libération, il y a 70 ans. »

 

La vie avant  la Libération


«  J’étais à Saint-Laurent, avec mes parents, et mes deux sœurs. Nous vivions  dans la crainte, la peur. Je ne savais jamais le soir si je devais dormir dans mon lit ou dans la grange, car les Allemands venaient souvent réquisitionner des gens la nuit, ou perquisitionner après dénonciation, nous l’apprenions le lendemain. Il ne fallait surtout pas parler, motus si on apprenait quelque chose.
Il était aussi interdit de se rassembler à plusieurs dehors, sous peine de réquisition ! »

 

Le STO Service du Travail Obligatoire


« Les Allemands avaient institué avec l’appui du gouvernement d’alors, le STO. Tous les jeunes de 20 ans devaient aller travailler une année dans les usines allemandes, pour remplacer les allemands mobilisés. Les jeunes devaient se cacher pour ne pas être réquisitionnés, les travaux étaient dangereux, car ces usines fabriquaient entre autre des produits chimiques, des gaz, des produits destinés à porter la mort. Il y a eu des disparus, peut-être tués par les produits, ou en essayant de s’échapper. »

 

Les Réquisitions

« Les soldats montaient aussi quelquefois à Saint-Laurent, et « réquisitionnaient » des personnes comme je l’ai dit et aussi de la nourriture, des chevaux même. Une fois ils en ont réquisitionné plusieurs, une dizaine, les ont descendu à Gap, et au fur et à mesure ils mobilisaient aussi les curieux au bord de la route pour mener les chevaux. Des maquisards qui étaient cachés dans les bois, les ont attaqués au lieudit « Le Buzon ».

 

La Milice


C’était une organisation regroupant certains Français « collaborateurs »,  qui servait surtout à dénoncer d’autres français aux Allemands. Il ne fallait donc surtout pas parler à tout le monde ouvertement, si on ne connaissait pas l’interlocuteur. Des paroles inconsidérées ont ainsi fait condamner à mort des gens sur simple dénonciation. Il y avait des habitants de Saint-Laurent qui en faisaient partie, car « ça payait » disait-on, financièrement et en avantages.

 

Le Marché Noir et les Tickets de rationnement


Il y avait partout un marché organisé, dit noir, qui permettait à ceux qui avaient des victuailles, d’approvisionner ceux qui n’en avaient pas. Source de profits certains. Les autorités avaient aussi mis au point un système de tickets qui permettaient de bénéficier des nourritures qui étaient « rationnées ». Ils étaient incorporés dans des cartes qui elles aussi permettaient à certain débrouillards de s’en procurer par certaines « combines ».

Ainsi, par exemple, le pain était rationné. A Saint-Laurent il y avait des moulins clandestins. Mais ils étaient grossiers, et la farine qu’ils produisaient était mélangée au son. Il aurait fallu avoir un tamis. Mon père, avait fabriqué un tamis de ses mains. Mais la farine en résultant n’était pas du « surchoix » ! Les vêtements aussi étaient rationnés. Je me rappelle de 5 paire de chaussures, liste  affichées en Mairie, mais dont le préposé à leur distribution en a profité le premier !

 

Les Maquis


Il y avait un maquis  connu, celui de Champoléon. Des Saint laurentiens  en faisaient partie, mais dans le plus grand secret. Je me doutais de quelques noms, mais motus ! Ils étaient organisés en « trentaines », « sixaines », il y avait des chefs. Dans le maquis de Champoléon, je savais qu’il y avait aussi des « nordistes »,  surtout des lorrains. Ils ont participé à l’embuscade de Laye, et un y a même été tué. Un 14 Juillet, des maquisards de Champoléon, de Saint-Laurent pour quelques-uns, ont eu l’idée de porter des fleurs au monument aux morts de Saint-Laurent. Mais rapidement une escouade d’Allemands, qui avaient été avertis est  venu de Gap, et les a fait fuir sans dégâts.

 

Les armes


Les maquisards et les gens en général n’étaient pas très bien entrainés ni équipés, il n’y avait pas trop d’armes à Saint-Laurent à ma connaissance.

 

 

L’Embuscade de Laye


Comme il a déjà été raconté, une colonne allemande devait se rendre en direction de Grenoble. Des maquisards plein de fougue, la plupart de Champoléon, ont cru, en jouant de la surprise, pouvoir s’attaquer à cette colonne en s’embusquant sur le mamelon où est construit maintenant le célèbre « Monument ».
Mais il s’agissait de soldats allemands aguerris, bien  organisés, bien armés, bien entrainés. Un tir peut-être prématuré a provoqué une riposte rapide et meurtrière. Il y a eu quatre morts de 20 ans, dont le lorrain déjà signalé.
Le soir, j’ai participé à la récupération des corps en partant de Saint-Laurent, avec un charreton. Sous une faible lumière. Ils ont été ensevelis à Saint-Laurent, où ils ont été récupérés par les familles deux ou trois mois plus tard.

 

La Libération


Je l’ai vue « de loin », je ne me suis pas rendu à Gap. Je sais qu’il n’y a pas eu de combats. Les allemands s’étaient regroupés pour partir. Le seul tué dont j’ai eu connaissance a eu lieu en remontant de la fête, à « Pont de Frappe ». Un engin américain je crois remontait de Gap avec des jeunes filles et des jeunes gens. Un jeune avait sa carabine pendue autour du cou. Une fausse manœuvre a provoqué le départ d’un coup de feu  dans la tête. Il y a eu un monument pour cette mort.

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