Hélène (Anaïs) Escalle

1924

de Molines

Propos recueillis par Paul Motte

Les résistants à Molines


« Il devait y avoir environ 25 ou 30 jeunes qui se cachaient ici. Ils dormaient dans des cabanes ou sous un gros rocher  un selon la saison et la météo. Ils avaient des armes mais je ne sais pas d’où elles provenaient. Ils avaient Mr GAIN garde des  Eaux et Forêts  pour chef. Il approvisionnait les hommes et leur fournissait des armes et les cachaient.

Les allemands


Les allemands sont venus deux fois à deux jours d’intervalle.
Le premier jour, ils sont arrivés en fin de soirée et ont fait le tour du village. Ils recherchaient des armes. Ils ont accusé mon père d’avoir un fusil et de n’avoir pas obéi à l’ordre de réquisition des armes. Mon père a nié. Buchet qui était l’un des trois cadres de Jeunesse et Montagne, dit à mon père : « Je sais que vous en avez un, je vous ai vu chasser. »  Ensuite ils ont arrêté André Buchet et  l’ont emmené. Arrivés à la Motte ils se  sont arrêtés au bistrot et Buchet a tenté de s’évader en se cachant dans la cour de la ferme Blanchard malheureusement clôturé par un grillage qui l’a bloqué et a permis aux Allemands de le reprendre. Mais Buchet s’évada du train dans la région parisienne.  Moins audacieux les trois « moutenqs qui étaient avec lui  » n’ont pas osé le suivre. »

« Deux jours après les Allemands   sont revenus à cinq heures du matin. Ils étaient accompagnés par le milicien Vallet et  ont visité toutes les cabanes : Peyron-roux, Londonière et tout le village. A Peyron roux ils ont découpé le tour de la serrure à la mitraillette. Dans la matinée, un soldat revenant de Londonière a vu un groupe des 4  jeunes qui travaillaient à la route du Roy et s’étaient cachés car ils avaient aperçu les visiteurs. Après avoir essuyé des rafales de PM un jeune, Francis Bellet réussit à s’échapper mais  les trois autres furent cueillis, battus pour obtenir le nom de Francis  Bellet  puis  emmenés en Allemagne où ils restèrent un an dans le  cadre du STO. C’étaient Messieurs : Armand Blanchard, Gustave Nouguier et Aimé Pascal

Ruse d’Emile ESCALLE


 « Voyant l’insistance des allemands qui  menaçaient d’incendier le village à propos du fusil, mon père a eu l’idée de faire diversion en conduisant une vache au taureau à la Motte. Nous sommes partis tous les deux et arrivés au village  on a cherché le maire mais il faisait la collecte du lait avec son car dans les hameaux.  On a demandé au secrétaire de mairie Mr Pellegrin une attestation qu’il a  signée. Elle prouvait que mon père avait cédé son arme. »

   «  Le garde des Eaux et Forêts, Mr  Gain, passa la journée dans sa cave où il s’était réfugié. Sa femme avait mis un tapis sur la trappe d’accès et installé la table familiale pour camoufler le tapis. La cave avait un petit soupirail qui heureusement était caché par des buches et les occupants n’ont rien vu. Une fois, c’était vers la fin, les résistants avaient tué une vache. Elle était pendue dans notre  grange. Sachant que les allemands étaient nerveux et craignant  encore une visite mon père dépeça la vache et alla cacher les morceaux dans la  forêt sous des feuilles. »

Jeunesse et Montagnes


Les jeunes de Jeunesse et Montagnes s’entrainaient, effectuaient des travaux et même un raid. Ils ont fait une petite usine électrique qui nous fournissait du courant continu. Faute de surveillance la turbine  a été grippée par   la silice que transporte le torrent et définitivement stoppée. Les jeunes faisaient aussi du charbon de bois en forêt. Ils l’apportaient à dos d’hommes depuis la foret de Peyron- roux et des camions venaient charger à Molines.

Précision : Après la dissolution des Jeunesse et Montagnes M Buchet qui était revenu après son évasion, resta encore un an ici. Il disait qu’il était en règle et ne savait où aller car il n’avait pas de famille. Ensuite il partit et s’engagea dans le 5eme régiment de Chasseurs d’Afrique de la 1ere D B. On a appris qu’il avait été tué mais là les informations diffèrent : En Italie dit Hélène Escalle, Grenoble écrit un ancien cadre des J M et  pour Mr Brochier, c’est en Alsace. Les anciens de J M ont apposé une plaque sur l’église en mémoire de leur camarade. Elle est  maintenant dans l’église suite aux travaux

Christiane BUSCAT a une photo prise ici le jour de la libération. .. On peut compter neuf habitants. Elle a également une plaquette,  publiée par les anciens Jeunesse et Montagnes. Ce numéro spécial Molines relate  l’activité  de ces jeunes qui effectuaient 8 mois d’activité souvent encadrée par des anciens gradés de l’armée dissoute par Vichy. Ces derniers disaient :

« Puisque nous ne pouvons plus former des soldats nous formerons des hommes ».

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