Soeurs Galleron

 

Marie Boulfray-Galleron  dite Mimi 1921

Alberte Pietry-Galleron site BB 1922

Camille Delli-Galleron 1926

de Pont du Fossé

 

Propos recueillis par Géraldine Diss

Le blessé LOEW  racontée par Mimi

 

« Lors d’une colonne punitive allemande en juillet 1944, venue dans le Champsaur, un jeune homme appelé LOEW André a été blessé au ventre. Il avait reçu deux balles dans le ventre. Il a donc été évacué à Bonnedonne qui était une clinique. Mais on ne pouvait pas l’opérer. Il fallait prévenir le docteur BRUYERE qui était une sommité à Gap pour venir l’opérer car il n’était pas transportable. Les téléphones étant sur écoute, on ne pouvait pas appeler. On a cherché des personnes et finalement le commandant l’Hermine est venu voir maman et il a demandé si sa fille voulait bien aller à Gap prévenir le chirurgien. Elle a accepté à condition que nous partions à 2. Nous sommes donc  parties Camille et moi en vélo et nous avons mis toute la journée pour arriver à Gap. Papa avait juste donné un peu de pain à Camille. Il faisait une chaleur à crever. Il y avait 3 barrages : un à Puymonbeau, un à la clinique des Alpes et un à la barrière du chemin de fer.
Où allez-vous mesdemoiselles ? On se promène
Où habitez-vous ? Un peu plus haut
Bref on arrive chez le docteur BRUYERE mais on nous avait interdit de parler à quiconque de cet évènement. La gouvernante vient nous ouvrir, nous lui expliquons que nous souhaitons parler au docteur Bruyère et elle dit : Dites-moi la raison. Nous étions toutes timides. Si vous ne donnez pas la raison, je ne parlerais pas au docteur ? Alors on lui explique. Elle nous introduit chez le docteur et on lui répète notre histoire. Il dit : »Je serais venu volontiers mais les allemands m’ont retiré tous laisser-passer, je ne peux pas quitter Gap »
Cahin-caha nous revenons. Nous étions parties le matin à 9h. On n’avait pas des VTT alors la montée de Laye, on est arrivées à 17h. Le capitaine CONAN est venu nous voir en disant il faut emmener le blessé à Gap. Il fallait trouver une ambulance pour transporter le blessé. Ils sont venus demander  d’accompagner le blessé à Gap.  Ça ne se bousculait pas ! Bref je me suis proposée (Mimi) ainsi que Madame RISPAUD qui avait une cinquantaine d’année. Moi j’avais 22 ans ! Je monte derrière avec le blessé. En fait il n’a pas de faux papiers, donc attention aux barrages. Nous arrivons au premier barrage avec le blessé qui était déguisé en femme enceinte qui allait accoucher. C’était un gars qui mesurait plus d’1m80, sur la tête on lui avait mis un foulard, du rouge à lèvres et il était sous une couverture. Il souffre depuis trois jours. Il nous demande nos papiers, l’ambulancier, Mme RISPAUD et moi-même. On sort nos cartes d’alimentation pour les embrouiller, nos cartes d’identité… Moi je sors mon Aufsweicht car j’étais professeur à Briançon. Ils nous laissent passer en sachant qu’il y avait un autre barrage à la clinique des Alpes. Le blessé me dit de le prévenir quand on arrive au 2ème barrage pour qu’il cache  ses mains. La ça a duré plus longtemps. L’ambulancier dit que ca presse, que la femme va bientôt accoucher. Au 3ème barrage, la même chose, c’était stressant. Et on passe ! Ils n’ont pas remarqué qu’il manquait des papiers car on les a embrouillés. On arrive dans la cours de l’hôpital, il y avait 2 officiers allemands qui étaient médecins et il y avait la mère supérieure car les infirmières étaient des religieuses. La mère supérieure vient vers l’ambulance et je lui demande si elle est au courant du blessé champsaurin qui doit être opéré. Elle nous dit que l’hôpital n’est pas prévenu. Elle envoie le blessé en chirurgie. Mme RISPAUD et moi-même, nous allons en ville pour prévenir le docteur BRUYERE qui s’est rendu rapidement à l’hôpital. En attendant, nous sommes allées chez la sœur de Mme RISPAUD qui avait une réunion de résistants chez elle et il y passe la nuit.

Le lendemain matin, un peu inconscientes, on se rend à nouveau à l’hôpital. Le docteur BRUYERE était là. Il nous dit : « Vous lui avez sauvé la vie ! » Mais ce que l’on ne sait pas c’est qu’un des chirurgiens allemands avait demandé à assister à l’opération et il a bien vu que ce n’était pas une femme enceinte et qu’il avait deux balles allemandes dans le ventre. Mais il n’a rien dit : il était autrichien ! Rassurées par le fait que M. LOEW allait bien, nous sommes reparties à pied.
A Puymonbeau, un camion nous amener jusqu’à St Laurent et on a fait le reste à pied.
Au retour j’ai été surprise car personne des chefs de la résistance n’est venu nous demander des nouvelles ! Mais il y avait eu le combat à Laye ! »

Hommage à François GIORGI dit Fanfan qui a fait un acte héroïque racontée par Camille

« En fait lors de cette nuit, il y avait eu le combat de Laye et il y a eu 4 morts. Deux, trois jours après, on a demandé à Camille, moi et deux autres jeunes filles de venir pour aller reconnaitre les morts à St Laurent car on ne connait pas leurs noms. Lorsque nous sommes arrivées au cimetière à St Laurent du Cros, la fosse avait été creusée en ligne droite et il y avait les quatre cercueils en bois blanc. On me donne un tournevis et je descends dans la fosse et je dévisse.
Le 1er cercueil que j’ouvre c’était Henri PARMENTIER. Je le connaissais bien alors ça m’a fait un choc. Il avait un brin d’herbe entre les doigts. Il avait dit à SPECK : « Speck, j’ai de la chance, je viens de trouver un trèfle à quatre feuilles » et à ce moment-là, il a été abattu d’une balle en plein cœur.
Le 2ème cercueil, j’ouvre et je reconnais ce jeune homme qui habitait Marseille (il faisait ses études dans la marine marchande) mais qui était à Pont du Fossé à l’hôtel MARTIN. Les deux autres jeunes hommes, je ne les connaissais pas. Puis on nous a demandé de repartir rapidement car les allemands patrouillaient dans le coin.
Mais le cocasse de l’histoire, c’était que fin septembre, on vient nous chercher à nouveau pour reconnaitre à nouveau les morts car il y avait leurs familles. On part à bicyclette avec Camille et deux autres filles. Il y avait beaucoup de gens, le maire,… mais on ne connaissait pas les gens de St Laurent ! Nous nous somme mises à l’écart et on a ouvert le cercueil. Je n’ai vu qu’une brume blanchâtre et puis la mère s’est jeté sur le cercueil ; C’était épouvantable ! Ils ont refermé le cercueil et l’on transporté dans le coffre en pointe d’une petit voiture, ils ont mis un drapeau rouge au bout et ils sont partis pour Marseille. »

La reconnaissance des morts au Combat de Laye racontée par BB

« C’était le 13 novembre 1943, on a un ami qui habitait près de la route en arrivant à Pont du Fossé. Il était 3H du matin et cet ami a été réveillé par des roulements de camions, ils n’y en avaient pas beaucoup à l’époque. Il entrouvre les volets et il voit que ce sont des camions allemands. Alors ni une ni deux, il s’est chaussé (il était en espadrilles !). Bien sûr il n’est pas passé par la route mais il a traversé le Drac en pleine nuit au risque de se noyer et de se blesser pour aller avertir les maquisards. Il a réussi à atteindre Prégentil. Il frappe à coups redoublés et leur dit : « Il y a les allemands qui arrivent ! » Ils lui disent : « Oh, écoutez on nous a déjà dit ça ! ». Bon il s’en va en leur disant : « Je vous aurai averti. » Il y en a quand même un qui est sorti car il avait sa future femme qui habitait Montorcier. Il est décédé en 2013. »

Souvenirs de la libération

« Ça s’est passé dans la liesse lorsqu’on a su que les américains arrivaient ! On n’avait pas vu de jeunes gens depuis longtemps, à part les maquisards mais c’était discret. Mais il y avait les Jeunesse et Montagne qui venaient quand même parfois au magasin. Mimi ne se faisait pas prier pour les servir à ce moment-là !

Pour aller à Gap, on est allé quémander des vélos et on est parti toutes les trois ! Cette fois on est dopées ! On roule jusqu’à Pont de Frappe et là il y avait un embouteillage, on s’est arrêté. On était curieuse et on n’est pas sorti de notre trou depuis longtemps, on rentre dans une maison et là on voit un mort qui s’était blessé dans son char. On reprend la route et tout à coup j’ai mon vélo qui crève. Alors mes deux sœurs très charitables : « Ah ben écoute tu te débrouille. Nous on va à Gap voir les américains ». D’accord, je pousse donc mon vélo et j’avance cahin caha et tout à coup il y a un engin que je n’avais jamais vu qui me double : une jeep ! C’était des américains. Un des gars s’appelait Ralph FLEMMING, je me souviens, il m’avait donné des cigarettes et des chewing-gums. Je monte donc sur la jeep !
Au col BAYARD, il y avait un point de ralliement. Les américains envoyaient aussi des capotes mais je ne savais pas ce que c’était !
Je suis arrivée à Gap sur la  jeep en triomphatrice. Il y avait les troupes qui défilaient, il y avait notamment les tirailleurs avec les mulets.
Il y a eu aussi des représailles : des miliciens ont été lynchés dans les rues de Gap, des filles ont été tondues. »

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