Rose Ariey

1915 – 2000

de Saint-Léger-les-Mélèzes

Raconté par sa fille

Jeannine Garcin

Ma mère  Rose Ariey, allait une fois par semaine, chercher le beurre à Méollion (Commune de Champoléon).
Mes parents avaient là-haut, leur troupeau de vaches, qui était gardé, par un berger et son épouse, qui cultivait un jardin, et faisait du beurre et des tomes avec le lait de 2 vaches laitières.
Elle allait en vélo de Saint-Léger aux Borels (Champoléon), puis elle montait à pied, les maquisards qui étaient là-haut, avaient un point de vue sur la route le long du Drac, ils la voyaient arriver, souvent elle avait un message pour eux.

Souvent elle a reçu des maquisards, pour manger ou dormir.

Un jour où René Mourenas, la regardait faire des tourtons, par la fenêtre, ils ont vu arriver 2 dames de Pont du Fossé, qui venaient chercher du lait, aucune autre porte pour sortir, elle a rapidement sorti les plats d’un placard, et il est rentré dedans, tout recroquevillé, il y est resté longtemps, car ces personnes, n’étaient pas pressées.

Le jour où Balmens et Mourenas, ont été pris par les Allemands, elle avait préparé le repas pour eux, ils venaient dormir chez nous.

Pierre Poutrain est arrivé un soir pour manger, il avait très faim, c’était un homme qui avait un très bon appétit, il était très fatigué, mais il a voulu repartir pour se rendre dans le Dévoluy, il avait les pieds en sang, ma mère lui a fait prendre un bain de pied, puis lui a entouré les pieds dans tissus de drap fin, et mis les chaussettes par-dessus. Il est parti, mais arrivé au Dévoluy ; il s’est endormi dans un chalet de berger, il devait être épuisé, et c’est là que les allemands l’ont pris.

Un jour où nous ramassions du foin, avec un oncle et mes cousines, dans un champ, au-dessous du village, une voisine Mathilde Dusserre, est venue appeler ma mère en lui disant : « Rose, les Allemands sont dans ta grange. » (elle savait certainement ce que faisait mes parents avec les maquisards). Mon oncle est parti se cacher dans le bois et ma mère toujours impassible, très calmement en apparence surtout (car dans la grange sous le foin, il y avait beaucoup d’armes), elle m’a prise par la main et nous sommes montées vers la maison, je n’avais rien compris mais je m’en souviens bien.
Avant d’arriver à la maison, nous avons rencontré un Alsacien, maquisard, qui venait souvent à la maison, il lui dit : « Mme Ariey, les Américains sont chez vous, je les ai emmené à la grange. » Mathilde avait entendu parler une langue qu’elle ne connaissait pas, elle a cru que c’était les Allemands. Quel soulagement pour ma mère !

Toujours en vélo, elle allait à la Haute Plaine, l’instituteur, servait d’intermédiaire entre Grenoble et le Champsaur, et lui remettait des fausses cartes d’identité, pour les maquisards.

Leave a Reply