René Roussin

1933

de Pont du Fossé

Propos recueillis par Muriel ARIEY BONNET

Texte retranscrit par Danielle MATHERON

« Pendant la guerre j’habitais en plein milieu de pont-du-Fossé, j’avais environ  11 ans. J’étais à l’école des frères de Saint-Joseph  à Grenoble avec Camillou et Jeannot ROUSSEL, J’avais été opéré de la péritonite alors j’étais revenu ici. Avec le camion de Gallino on était passé par Lus-la-croix-haute parce que les ponts avaient tous sautés après Corps. »

 

Combat de Laye


« Les allemands descendaient en renfort à Gap. Les maquisards n’étaient pas entrainés, Laye étant une cuvette ils auraient pu faire du dégât. Je l’ai vu d’ici, on montait sur les Eclots. On voyait le feu. Il y avait la marraine de Marie qui nous rassemblait et nous faisait dire des prières.  Un alsacien avait été blessé, il a été soigné là à Bonnedonne. »

 

Les bals clandestins


« Ils se tenaient à la scierie de Sarret, dans la grange qui est  au-dessus. C’était le rendez-vous des jeunes ;  GIVAUDAN jouait de l’accordéon. Ceux du Pont n’ont pas été dénoncés, contrairement à ceux de Saint-Firmin ou les résistants ont été pris. On allait aussi jouer  au foot à Saint-Firmin avec le camion de Roman. »

 

L’occupation allemande


« Les allemands ne nous ont jamais rien dit. Un jour  ils sont venus fouiller la maison à St Jean. Ma sœur venait d’accoucher, l’allemand a regardé le bébé, en s’exclamant « oh joli petit » ! Puis il est reparti sans chercher plus. Heureusement car mon frère Auguste était couché dans le grenier ! LAUZIER, POUTRAIN et deux professeurs de peinture ont été arrêtés à cause de Grasset.
Les allemands avaient peur du maquis. Ils avaient fait sauter les chalets du Tourrond et de Méollion au canon sans monter dans la montagne ! Ce n’étaient pas les allemands les plus mauvais mais la gestapo ! Un jour, on labourait avec les chevaux ; en voyant arriver les tractions au loin, mon père a fait coucher mes frères dans la raie pour qu’on ne les voie pas.
A Prapic , l’oncle à mon neveu Michel BERTRAND  s’est fait coincer parce qu’il a été dénoncé. Il a été arrêté par la milice.  Il y avait des prisonniers Jean Nicolas, Ariey, Hugues, Poutrain, le peintre et son gamin.
A la Coche, à l’hôtel chez Martin, la gestapo avait fait du mal. Il y avait des juifs. Les enfants venaient à l’école avec nous ; ils étaient comme nous. »

 

Le Maquis


« Je portais à manger à la Beaumette. On faisait le tour du village, les gens donnaient un œuf ou deux, un bout de pain, un morceau de cochon. Il y avait le grand Chevallier, et le père CALAIS (le père de Dédé et d’Albert) à la Boyère. La mère de Jean-Marie nous a expliqué pourquoi il se cachait. Jean Faure.  Ils se lavaient au ruisseau, ils n’avaient guère de choses.
Il y avait eu un parachutage à Ancelle, Henri et un alsacien y  sont allés avec un tombereau. Ils ont ramené des armes cachées sous le fumier. Il y avait aussi des parachutages pour le maquis de Savines.
Parmi les résistants il y avait beaucoup d’alsaciens parce que le curé les faisait travailler à Prégentil , aux Garnauds, ou Champoléon. L’un s’appelait Speck, on jouait au foot avec lui ; il jouait bien ! Il nous filait des roustes car on s’amusait à lui passer entre les jambes ; on était gosses !
Il y a eu un avion d’anglais qui a atterri et ils s’en étaient tous sortis. Ils étaient au restaurant Reynaud et ils chantaient ! Mais nos parents étaient  inquiets ; ils avaient peur d’une descente de la gestapo dans la nuit. Finalement il ne s’est rien passé, ils sont tous partis. »

 

La libération de Gap


« Les résistants de Champoléon sont descendus ; il y avait des armes étalées sur toute la place ! Nous les gosses on regardait tous ces fusils ! Ca klaxonnait, les cloches sonnaient ; elles avaient déjà sonné pour la libération. Il y avait un maquisard qui, en sautant du camion, était resté pendu par son alliance ; il hurlait ! »

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