René Garcin

1928

des Farreaux

LE  COMBAT  DE  LAYE

Le drame de Laye a commencé, le 17 juillet vers 3 heures de l’après-midi.

    Nous étions avec ma mère et mon frère Roger, en train de dédoubler de l’œillette, dans un champ, à environ 1 km de Laye, quand tout à coup nous avons entendu des coups de feu, très fournis dans les arbres, qui bordaient notre champ.

  J’ai dit à ma mère : nous devrions partir, car nous sommes en danger, c’est des tirs réels, elle n’était pas convaincue, et continuait de travailler en nous disant que c’était des manœuvres, faites par les Allemands, comme ils faisaient souvent, puis elle s’est rendu à l’évidence, et nous sommes partis à la maison.

 Nous sommes arrivés en même temps, que mon Frère Henry et mon Père, qui avaient aussi entendu siffler les balles dans les arbres, pendant qu’ils fauchaient au-dessus du village.

Mon père qui avait fait la guerre de 14-18, savait très bien de quoi il s’agissait, il nous a dit : « mettons-nous à l’abri. »

Nous sommes  tous restés dans la maison, jusqu’à la tombée de la nuit, et nous avons vu que Laye brûlait, nous craignions que le village des Farauds, ai le même sort, alors nous sommes montés, dans notre Pré « Les Mones » ou se trouvaient nos bêtes. Sur une charrette, nous avons mis des couvertures et quelques vêtements chauds, et un peu de nourriture, nous ignorions le temps que l’on devrait rester.

Les Allemands, après avoir mis le feu au village ont emmené les vaches et une partie des animaux. De Laye, nous les entendions beugler. Ils ont  réquisitionné les Vieux Hommes : le Père Barthelemy, Martin Coffe, Martin Facteur, tous ont marché sur la route de Gap

environ  1km, puis ils  les ont laissé, et vaches et hommes, sont revenus chez eux.

Toute la nuit, nous avons vu des fusées éclairantes dans le ciel, nous n’avons jamais su, par qui, et pourquoi elles étaient tirées. A l’aube, nous sommes redescendus à notre maison, et nous avons essayez de savoir ce qui s’était passé, la veille, et nous avons appris, malheureusement que 4 maquisards, avaient été tués lors du combat.

LES BALS CLANDESTINS

Les premiers bals clandestins, se sont passés au lieu-dit  « CURET », vers la maison Rougny (les Veyres), une ancienne maison inhabitée, on dansait au premier étage.

Ceux qui aimaient danser, arrivaient de St-Laurent, de Laye, de la montagne de Romette, du Chauvet et les alentours, c’était le téléphone arabe qui devait fonctionner car même avec 80 cm de neige, le bal avait lieu.

  Ils étaient parfois une trentaine, à danser, tout l’après-midi.

 Les filles de la Montagne de Romette, aidaient l’accordéoniste à porter son accordéon. C’était souvent Jeannot BRUN, qui après la guerre a joué dans de nombreuses soirées, il était réputé et célèbre dans le Département.

  Il y a eu d’autres bals, au Buzon dans une bergerie, une buvette était installée sur une vieille charrette. Avec  Bouboule, un maquisard pâtissier, nous avons passé la matinée, à faire  des choux à la crème que nous avions transportés, pour vendre à la buvette durant l’après-midi.

  Dans notre grange, aux Farauds, plusieurs bals ont eu lieu, avec  différents musiciens : Lolo Pouroy, Adrien Para, Léon Giraud, souvent accompagnés ,  des 3 frères Barbis , qui avaient apportés leurs instruments à corde un vrai orchestre, ils  habitaient avec leur mère, dans le village, ils  venaient de Nice, l’ambiance était bonne.

 Nous allions à Valserre, avec mon frère Henry, nous avions 2 charrettes pour chercher du vin à vendre à la buvette, on portait les fûts vides que l’on nous remplissait de vin,  en échange de sacs de pommes de terre. Les sacs et les fûts étaient cachés sous de la paille, car c’était des denrées interdites.

 Parfois M.Espitallier, transporteur, à St-Bonnet, apportait un plein camion de danseurs, filles et garçons, à la place des animaux qu’ils transportaient habituellement.

  Un soir vers 11 H du soir, Raoul Martin, qui était dehors, a entendu, une armée qui marchait, sur la route en direction du village, il a crié sur la porte de la grange: « LES ALLEMANDS SONT LA », tout le monde est parti, a sauté dans les bois.

C’était les Italiens, qui avaient encerclé Les Farauds. Adrien Para et Maximin Faure, qui raccompagnaient, les sœurs Rougny ont été interpellés, les filles sont restées sur le chemin, les garçons ont sautés dans le bois, ils leur ont tiré plusieurs coups de feu, sans les atteindre.

 Mais le lendemain, plusieurs sont allés voir s’ils étaient morts ou blessés, on ne savait rien, ils ont réapparu dans la journée, sains et saufs avec une belle peur.

 Ces bals avaient lieu le dimanche, parfois l’après-midi, mais souvent le soir. Il y avait une ambiance formidable, on chantait et dansait, comme on peut faire à vingt ans, sans même avoir peur, alors que l’on pouvait aussi être dénoncé.

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