Marius Charles

1923-2016

de Saint-Bonnet

Propos recueillis par Paul Motte

 « En 1944, j’avais 21 ans ! »

«  Il y avait une impression de léthargie ressentie dans tout le pays suite à la défaite de 1940.  La plupart des français surtout en zone rurale faisait confiance à Pétain qui avait encore l’aura récoltée à la guerre de 14 qui n’était, pas si loin. La zone suivait un peu l’impression d’être protégée par la ligne de démarcation. L’occupation par les Italiens était bon enfant et ne portait pas à conséquence. »

Les débuts de la résistance

« Le Père d’Emile possédait un poste à ondes courtes et suivait des informations échappant à la censure habituelle et officielle. Mr BERTRAND, épicier à St Bonnet disait aux jeunes : ne vous laissez pas endormir par la doctrine pétainiste.  Elle est l’élément de propagande allemande qui fait jouer la corde patriotique pour mieux tromper les Français. De nombreux jeunes de St Bonnet allaient écouter cette radio chez Mr Bertrand et l’adhésion à la résistance se préparait pas à pas. Mais motus et bouche cousue. »

On a vu à St Bonnet des hommes connus seulement pour être des vacanciers de longues dates Messieurs Rancoule, ingénieur à Marseille, Mr Descloux, Mr Morin qui devint secrétaire de Mairie à St Bonnet, organisèrent un mouvement patriotique. On n’avait pas une grande motivation. Sauver sa peau face à l’occupant était la principale motivation.

Des grands résistants, je n’en ai pas connu mais est-ce que c’était possible à St Bonnet ? Si le Champsaur est propice à des hommes qui se cachent, la configuration du terrain ne permettait pas d’attaques surprises et il n’y avait pas non, plus de garnison ou de concentration de troupe occupantes. »

Les chantiers de Jeunesse

« Je suis né en 1923 et fait donc partie de la classé 43. J’ai été appelé aux chantiers de jeunesse à Gabaret, dans la Gironde. Nous y avons passé huit mois dans la forêt Landaise. J’étais affecté à la musique.  A la fin de cette période nous avons été transférés à Basas (gironde dans un énorme camp de regroupement gardé par des allemands en armes.  Notre principale activité consistait à chercher à manger. On a appris par la suite que nous étions là en réserve avant de partir en Allemagne dans le cadre du STO. Cela ne nous plaisait pas évidemment. Je m’étais lié d’amitié avec un Gapençais et n’avions qu’une envie : nous évader. Nous avions économisé les quelques argent que nous percevions en vue d’un départ que nous préparions.

Faisant pour nous distraire le tour du camp et de ses barbelés nous avions observé qu’en un point le fil inférieur laissait un peu de place au-dessous. La forêt voisinait le camp. Un matin à la pointe du jour nous avons tenté la chance et…réussit. Nous déplaçant dans les champs mais à proximité de la route nous nous repérions sur les bornes kilométriques en gardant toujours le cap à l’Est. Nous avons même marché un peu dans le massif central. Nous couchions parfois dans des granges mais c’était difficile car les gens étaient très méfiants.

Nous étions vêtus proprement de la tenue vert prairie des chantiers. Cela nous permettait de nous fondre dans une foule composée le plus souvent d’uniformes allemands. Nous avions réussi à fabriquer un faux ordre de mission qu’on présentait lors des contrôles faits le plus souvent par des bidasses teutons ne comprenant rien à ce qu’ils lisaient. Ainsi nous voyagions en train grâce à ces papiers. Le plus souvent nous préférions marcher car il y avait moins de risques. Un soir alors que nous avions foulé l’herbe mouillée tout le jour car il pleuvait j’ai dit à mon copain : « Moi, je n’en peux plus. Il y a là une ferme, demandons l’hospitalité. » Elle ne fut pas chaleureuse. Nous avions faim. Heureusement la grand-mère eu pitié de nous et dit : « Donnez-leur un peu de soupe. » Nous l’avons apprécié. Nous avons été ensuite conduits dans un hangar où nous avons dormi sur le sol dans nos vêtements trempés, sans une couverture. Au petit jour le Gapençais m’a réveillé et craignant que nos hôtes n’appellent les gendarmes nous avons repris la route. Au bout d’une aventure qui avait duré 10 jours nous sommes arrivés chez nous. Je me souviens que le coq chantait quand j’abordais le village.

Quand je suis arrivé ma mère m’a demandé : Qui tu, un démobilisé, un civil ou autre ?

J’ai répondu : « je ne suis personne. Point de carte d’identité, ni carte d’alimentation, enfin rien. » Je n’existais pas. Il y a eu dans St Bonnet des gens qui ont bien vite compris. Une hôtelière m’a dit : ne m’explique rien, viens quand tu es dans le besoin. Le boulanger m’a fait signe un jour et m’a dit. Viens quand tu n’as pas de pain. Ne rentre pas au magasin, passe par l’arrière du fournil. Un pain t’attendra. Tu te sers sans rien dire et tu t’en va. »

La résistance organisée : la trentaine de St Bonnet

« La trentaine de St Bonnet commandée par Mr Imbert, ingénieur des Ponts et chaussés était t composée de lycéens, auxquels s’étaient ajoutés des ainés dont j’étais ? Il y avait Henri MANIERE, les deux Itères REYNAUD, Jean MATHERON, Charles MARIN, Emile BERTRAND, Henri BEAUME et j’en oublie probablement. Je ne couchais jamais à la maison mais plutôt dans des cabanes ou abris sommaires. Le chef nous réunissait de temps en temps pour apprendre quelques éléments de combat. C’était vraiment sommaire, car nous n’avions pas d’armes. »

L’escarmouche

«  Nous devions quelque fois effectuer des reconnaissances pour repérer où se tenaient les Allemands principalement quand ils effectuaient des rafles. Mais c’était rare. J’ai dû, un jour avec Henri BEAUME, aller observer ce que faisait la troupe signalée sur la route Napoléon. Nous devions aller vers le village de la Serre, voisin immédiat de la route Napoléon mais séparé d’elle par le Drac. Voir, sans être vu et écouter sans nous faire remarquer telle était la consigne.. Mission accomplie nous sommes venus rendre compte au chef IMBERT. Henri s’est porté volontaire pour accompagner Emile BERTRAND pour faire la même reconnaissance rive gauche du Drac.

Tous deux ont été capturés et mis en joue par un peloton allemand comme le relate Emile BERTRAND dans un enregistrement audio. Ils ont miraculeusement échappé à la mort grâce à la présence d’esprit d’Emile qui détacha le ceinturon qui les liait ensemble. Ils sautèrent en arrière au moment du commandement de tir. La nuit et les broussailles du Drac leur ont permis d’éviter les tirs des soldats. Ils étaient sauvés. »

Stratégie et organisation

« Je suppose qu’il y avait partout en France dans les années 42-43, des jeunes qui attendaient un signal. Il fut donné par Laval et Doriot par décret en Février 1943. »

On ne peut pas dire qu’il y avait à ST Bonnet de grands résistants. Tout le monde attendait, des ordres qui ne vinrent jamais. C’est le décret de Février 43 qui provoqua par réaction à la décision de Laval un rassemblement de ces hommes en attente. Cependant, mon adhésion à ce groupe me permit un an plus tard de me sortir d’une situation rocambolesque :

« En 1944…. Je fus appelé comme une bonne partie des jeunes de ma classe à partir pour l’Algérie au service des troupes françaises engagées en A F N.  Ma spécialisation dans la musique m’a encore évité les opérations, les corvées et les marches ? J’étais en contact avec des musiciens professionnels et j’ai beaucoup appris. Démobilisé je rentrais à Marseille où j’ai été arrêté car l’état majors français refusait de reconnaître les documents établi à Oran ? J’eus beau me récrier et dire qu’à mon avis Oran faisait encore partie de la France mais je me suis retrouvé tondu et en prison avec des prisonniers de droit communs. J’ai dû mon élargissement à la visite d’un marseillais, champsaurin d’adoption, qui partait en week-end à St Bonnet et me rapporta un certificat prouvant mon activité dans la résistance. Reçu par le commandant, je fus surpris de l’entendre me demander si je connaissais le Commandant Terrasson-Duvermon qui dirigeait alors la place de Gap. Je ne l’ai jamais rencontré, rétorquais-je mais j’ai servi sous ses ordres. « Rentre immédiatement chez toi » me dit cet Officier. Je fis remarquer qu’il m’était difficile de me rendre à st Bonnet vêtu d’un short et de pantoufles. Pas même une chemise. – Ne t’inquiète pas, passe au magasin. Je donne des ordres. Enfin je rentrais chez moi sevré à jamais de la vie militaire.

Mais si aujourd’hui je porte un jugement sur cette époque je suis obligé de dire que nos comportements ont été spontanés plus que réfléchis et que c’est souvent l’instinct de conservation qui nous les a dicté. »

KUNTZ

« Il habitait St Bonnet pendant l’occupation. Il était le chef de l’office du placement Allemand et avait une fille prénommé Violette qui allait à l’école à St Bonnet.

Quelques jours après la libération on a appris que son père avait été enlevé par des hommes du maquis qui l’avait emmené à Champoléon. On a su par la suite qu’il avait été fusillé et enterré quelques part dans la vallée après qu’on l’ait obligé à creuser lui-même sa fosse.

J’ai été interpellé par Madame Kuntz alors que je passais à côté de la villa. Elle me demandait d’aller à Champoléon pour chercher les effets de son mari je ne sais plus où exactement. J’ai refusé car ces gens que j’avais côtoyés dans la boutique de mon père m’étaient sympathiques. Un des fils Reynaud plus osé que moi s’y est rendu à ma place. »

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