Marguerite Boyer

1916

de Poligny

Propos recueillis par Benjamine GAY

Retranscription faite par Marie-Anne ALLEMAND

Madame BOYER et sa fille nous parlent de cette période :

« Je suis née en 1916 à Poligny. J’habitais aux Basses Baraques et j’avais moins de 30 ans pendant la guerre. »

 

La résistance


Les résistants, les maquisards, des jeunes du coin y étaient mais je n’en ai pas connu. Les gens leur donnaient à manger et étaient solidaires avec eux. Les infos circulaient, surtout avec ceux que nous connaissions. Nous étions une maison isolée, nous avons vécu cette période… comme d’habitude. Cela ne nous a pas trop perturbés.
Mais d’autres ont des souvenirs plus stressants : Mme ABERT avait sa maison pleine de résistants. Lorsque les allemands ont frappés à sa maison qui était attenante au canal et à la scierie tout de suite après le pont de la Guinguette, les maquisards sont partis par derrière avec leurs fusils pendant que ma maman retenait les allemands en parlant avec eux.

 

Le quotidien

Nous n’étions pas spécialement embêtés par les occupants (allemands et italiens) qui allaient et venaient. Il n’y a pas eu de réquisition de bétails ou autres…
Mais il y a eu un dimanche où l’on rentrait les gerbes lorsque quelqu’un est passé en vélo et nous a dit : « Sauvez-vous, les allemands arrivent ». Ils ont fait un barrage sur le pont du Rageoux (aux Basses barraques). Alors que maman avec mon petit frère récemment opéré et ma sœur ainée sont passés par le torrent, papa avec un petit de l’assistance sont partis dans le bois où ils ont couché au pied du bois. Nous, on est monté tout droit avec les 6/7 vaches et les 30 chèvres par Villeneuve  et les Evaras jusque chez ma mère.
Des marseillais nous disaient : « Taisez-vous, taisez-vous » Comment faire taire un troupeau ? Les allemands ont piqué le vélo et quelques objets comme ça et dans la réserve de pomme de terre. C’était en 1944, on est rentré trois semaines à un mois après, à la libération.

 

Le ravitaillement


Nous on n’en a pas soufferts car il y avait des produits de la ferme. On avait des tickets d’alimentation : sucre café, huile, etc… à St Bonnet. Des gens de la ville venaient se ravitailler et amenaient en échange des vêtements qui n’allaient plus à leurs enfants. C’était du troc et pas du marché noir, mais plutôt avec des connaissances
Sa fille : « Nous étions 6 enfants avec cartes de ravitaillements. Nous étions nourris mais pas gâtés comme les enfants de maintenant ! »

 

Santé


En 1944 mon fils a été opéré mais il a dû fuir lorsque les allemands sont arrivés. C’est en 1945 que l’on a perdu mon petit frère aux Basses Baraques. On l’a enterré. Maintenant, on opère une malformation du tube digestif. C’était la toxicose appelée la diarrhée verte.

 

Le combat de Laye


Laye a brulé à cause du maquis. Il y a en bas du village, une ferme et des côtes. Un monsieur qui venait de Villeneuve est allé aux Basses Baraques et a dit à mon mari : « Je vais en tuer un, je vais tuer un allemand. » Mon mari lui a dit : « retourne vite, tu vas faire bruler les Basses Baraques ! »

 

70 ans après


Je n’ai pas spécialement eu peur, quand on est gamin… C’est après en en parlant avec un cousin qui m’a dit : « J’ai tué un allemand et toute ma vie j’en ai porté le poids ! »

 

Les bals clandestins


Il me semble en avoir le souvenir. C’était des jeunes qui venaient de partout, du coin et des résistants

 

La libération


On a appris la libération quand les américains sont arrivés. On avait encore des fleurs (de l’enterrement du petit) et ont en a donné aux américains. Ils nous lançaient des bonbons que l’on ramassait. Il parait que c’était de grands gaillards, ils ont filés, ils chantaient.

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