Marcel Feutrier

1925-2016

de Saint-Firmin

Propos recueillis par Maryse GIRARD et Benjamine GAY

Texte retranscrit par Rita THIEBEAUX

LA DECLARATION DE GUERRE :

Je n’avais pas la radio à ce moment-là ; c’est par l’ordre de mobilisation des hommes qui avaient fait leur service militaire que je l’ai appris. Je n’avais que 14 ans. Je n’ai pas eu très peur, mon père m’ayant pourtant raconté la guerre de 1914 pour y avoir participé.

 

LA VIE PENDANT LA GUERRE :

 

L’essence était contingentée, il fallait faire une demande à la mairie. Chez moi  nous n’en avions pas l’usage, mon père avait fait une dérivation sur le canal et nous avions une roue à aubes qui nous permettait même de scier le bois.

Il n’y avait pas de soldats allemands à La Faurie, ils étaient à Gap et à Corps où ils gardaient l’usine hydro-électrique du Sautet.

Je n’ai pas subi de privations alimentaires, en effet nous avions une ferme et pouvions tuer les cochons, nous avions des chèvres et des brebis. Des gens venaient des villes alentour et même de loin pour chercher du ravitaillement (jambon, œufs…)

 

LA VIE DE LA JEUNESSE

 

Un excellent accordéoniste de Saint-Firmin, Henri PELISSIER, qui était parisien, animait des bals où nous pouvions danser et nous amuser malgré la guerre. Les bals étaient organisés officieusement, notamment à l’Hôtel des Alpes par Gaston Valentin et sa fille Yvonne, qui se mariera à René CHAIX ;  ou bien chez Marin Valentin (Hôtel Restaurant Voisin)

 

LES INFORMATIONS

 

Je savais ce qui se passait ailleurs, mon père étant abonné au « Dauphinois » qui deviendra « le Dauphiné Libérée ». Cessation d’activité du Petit Dauphinois pendant toute la durée de la guerre jusqu’à la libération (remplacé par le petit journal clandestin de 2 pages : Dauphiné libérée)

 

LA RESISTANCE : vers 1943/1944

 

Les groupes de la Vallée de Saint Maurice se cachaient dans la montagne et étaient aidés, notamment pour le ravitaillement, par les gens du pays. Certains étaient du Séchier et se cachaient dans le bois de Beaufin : Jacquot, Clément…Ils étaient plus âgés que moi.

Ils étaient équipés d’armes américaines arrivées en bateau dans un port en Italie puis parachutées sur le Dévoluy.

Saint Firmin avait une mitrailleuse lourde de 37 au Serre d’Entrepierre (arrivée d’Amérique), en août 1944, 5 maquisards ont empêché les allemands de rejoindre Gap en les mitraillant sur le Pont des Richards.

Je me souviens notamment de Raymond Armand du Roux. L’eau du canal d’Aubessagne avait été coupée pour que les 5 aquisards puissent y passer avec la mitrailleuse en pièces détachées. Chacun des 5 portait une pièce (un des 5 était lieutenant et savait comment s’en servir)

 

LA RAFLE DE SAINT FIRMIN

 

Les allemands ont arrêté le soir du réveillon de Noël 1944, huit jeunes dénoncés par un milicien étranger à la vallée.

Les soldats allemands sont arrivés vers 1h du matin, Monsieur Gaston Perrier, croyant à un jeu des enfants du village, ouvre la porte et se trouve face aux «frisous» qui les ont menottés et emmenés dans un camion stationné au Pont des Richards, à la prison Desmichel à Gap avant d’être envoyés vers des camps en Allemagne. Certains ont réussi à s’évader lors de leur transfert et ont dû se cacher.

 

LE COMBAT DE LAYE

 

Un guet-apens a été tendu par les maquisards de Laye à un camion transportant les soldats allemands qui revenaient de Molines où ils étaient montés vers 5 h du matin.
Le combat a été violent. En représailles les allemands ont incendié 8 maisons de Laye, suite à cela les paysans de Laye, pour protester et tous descendu leurs troupeaux dans les pâturages de Gap (accord entre le maire de Gap et le maire de Laye).

 

LES 5 MAQUISARDS

 

Cinq jeunes qui transportaient des armes ont été arrêtés dans la plaine de Lachaup vers Gap.

Ils ont été exécutés à Gap après avoir été emmenés par la Gestapo à la prison Desmichel.

 

LES ITALIENS

 

Il y avait un contingent italien dans la vallée, mais ils étaient assez gentils.

Un jour une colonne de 15 camions italiens, des royalistes d’après moi, sont arrivés dans le Valgo, ils ont laissé leurs camions entre Villard-Loubière et La Chapelle et ont traversé la montagne par le col de Valestrèche.

Les camions ont été mis en pièces détachées par les habitants trop heureux de l’aubaine : récupérer moteurs et matériel !

 

LE STO

 

Dans la journée je faisais les travaux des champs car il n’y avait pas de mécanisation. J’avais très peur, et la nuit je me cachais dans les cabanes de la montagne comme les autres jeunes de  la vallée pour ne pas être emmené car j’avais 17 ans et plus à ce moment-là

LA LIBERATION

 

L’hôtel Loubet du Séchier avait le téléphone, l’information a circulé  très vite

Nous avons fait un grand bal sur la place de Saint-Firmin, sous le tilleul, quand la radio a annoncé que les allemands étaient repoussés par les armées alliées et l’armée du Général de Gaulle.

Il n’y a pas eu de règlements de comptes dans le Valgaudemar.

Plus tard 7 soldats américains ont passé la nuit à l’hôtel de Saint Firmin, c’étaient des canadiens, de très gentils gars. Ils nous ont amené toute sorte de cigarettes et des chewing-gums. Ma sœur Elise a même dansé avec eux ! Ils nous ont fait découvrir le twist et la samba !!

 

 «UN AMI VIENDRA CE SOIR»

 

En octobre 1945 à Saint Firmin est arrivée toute une équipe de cinéma, au moins 15 personnes avec notamment Michel Simon. Ils logeaient chez Yvonne.

Nous avons joué à Labroue une livraison d’armes, j’étais habillé en soldat allemand.

Je me rappelle une réplique du film « Ils ne se sont pas fichus de nous, ils nous ont balancé 15 tonnes ! » …mais ça n’était pas vrai !

Leave a Reply