Jean-Pierre Eyraud

de Pisançon

Hébergement de juifs

« Pendant la période de l’occupation nazie, trois familles juives trouvèrent refuge  à Pisançon : les Jacques, les Michels et les Komans.

C’était le plus souvent des noms d’emprunts, bien entendu ! »

« La famille Koman séjourna dans ce village de juin 1942 à fin 1944. Elle était composée du père, de la mère et de trois enfants : Maria, Maurice et Charles. Ils cherchèrent à s’intégrer au mieux à la population, Maria allait à l’église avec ses copines et Charles fréquentait l’école communale. Leur condition de vie était des plus précaires. Ils habitaient une maison délabrée sans eau ni électricité. Ils avaient beaucoup de mal à se nourrir car ils n’avaient pas de carte d’alimentation et en étaient réduit à solliciter quelques nourritures auprès des habitants. Le fils aîné, Maurice, donnait des coups de main dans les fermes où l’on voulait bien l’embaucher ; c’est ainsi qu’il était chez les Maucoronel le jour de la descente de la Gestapo. Il s’est enfui quelques minutes avant leur arrivée et s’est réfugié dans les buses du canal.

Ils ont toujours été bien accueillis par la population et n’ont jamais fait l’objet de la moindre dénonciation. »

« En 1999, Maria qui est devenu épouse Laub, est revenue à Pisançon, très émue de retrouver ce village et ses habitants. Elle venait témoigner sa reconnaissance à tous les habitants de ce village et tenta de leur faire attribuer un diplôme de reconnaissance des justes (ce diplôme est attribué par l’état d’Israël et ne peut être décerné qu’à une seule personne et non une communauté).Madame Koman-Laub habite maintenant Anvers où ils ont exercé avec son mari la profession de diamantaire. »

Les prisonniers allemands

Ils avaient tous sur leur uniforme allemand PG : Prisonnier de guerre.
Les fermiers, les artisans pouvaient disposer de cette main d’œuvre quasiment gratuite et cela arrangeait l’intendance militaire qui n’avait pas de nourriture en quantité suffisante.

Il y avait un camp de prisonniers important à la caserne Reynier (maintenant l’IUT).

Ma mère en tant que veuve de guerre pouvait disposer d’un prisonnier allemand pour faire différents travaux dans la maison. C’est moi, l’homme de la maison (11 ans) qui devait aller chercher cet homme à Gap au camp de prisonniers.

Un jour, je suis venu avec un homme qui devait lessiver les murs de la cuisine. En entrant dans la maison, il a aperçu un vieux piano et il s’est littéralement  jeté sur l’instrument de musique et ne l’a plus lâché de la journée !!! C’était surement un grand mélomane et il n’avait plus utilisé un piano depuis longtemps. C’était un ancien marin qui ne connaissait pas un mot de français. Il avait certainement passé une bonne journée et finalement nous aussi en l’écoutant jouer !

 

Friedrich Scharnhorst, dit Fritz

Quand je suis allée à la caserne, ma grand-mère m’a dit de prendre un vieux. On m’a attribué Fritz qui était né en 1900 et qui avait donc 46 ans. C’était un paysan d’un village près de Hanovre : Silver. On était installé dans notre ferme dans le Champsaur quelque peu à l’abandon depuis le décès de mon père. Fritz s’est mis au travail comme s’il s’agissait de sa propre propriété et il resta un an parmi nous. Il était complètement intégré à la famille, il mangeait avec nous, dormait dans un bon lit…

De nombreuses années plus tard, je voulu rechercher cet homme avec qui j’avais eu de bonnes relations. J’avais écrit au ministère allemand indiquant ses nom, prénom et année de naissance. Ils m’ont renvoyé son adresse.

En 1960, je suis allé le voir dans sa ferme en Allemagne. Il avait retrouvé ses vaches et sa ferme et semblait très heureux. »

Friedrich Scharnhorst et Jean-Pierre Eyraud (à droite à lors de leurs retrouvailles en 1960.

Kurt Siemon

Cet allemand a séjourné dans la famille Gondre au Payas, commune de Bénévent pendant plusieurs mois. Un jour d’élection européenne dans les années 90, je me trouvais à la mairie (étant maire de la commune de Bénévent à cette époque). Le téléphone sonne et un homme au fort accent germanique m’explique qu’il a été prisonnier dans la commune et qu’il en garde un excellent souvenir. Il a toujours vécu en république démocratique allemande, le mur étant tombé en 1989, il peut maintenant correspondre librement. Il utilisa à plusieurs reprises, l’expression « Les pays Paradise ». Il se souvenait du nom des vaches, du cheval, des chiens…

Rentré en Allemagne, il a mené une vie de maraîcher, il avait 2000m2 de terrain et produisait des légumes. Il possédait une Trabi (la voiture populaire de DDR, la seule d’ailleurs). Même après la chute du mur de Berlin, il ne s’était jamais rendu en RFA, il n’avait pas l’habitude !

Je suis allé le rencontrer lors d’un échange de jumelage. Il gardait un très bon souvenir de son séjour au camp de Gap. Il avait l’impression que le commandant du camp de prisonniers était pour lui comme un moniteur de colonie de vacances. Il avait un petit journal  de la vie au camp.

Kurt Siemon était prisonnier allemand dans la famille Gondre aux Payas

Le drapeau américain de Saint-Bonnet

A la libération, tout le monde voulait pavoiser, mais les drapeaux étaient rares surtout ceux des alliés de la France.

On demanda à une couturière de Saint Bonnet de fabriquer un drapeau des États-Unis mais la réalisation de cet emblème laissa à désirer puisqu’elle mit les étoiles représentatives des états dans la partie basse du drapeau alors qu’elles sont dans la partie haute.

La commerçante qui vendait des oriflammes à St Bonnet (la Granone) fut dévalisée. Elle me vendit un drapeau du Monténégro !

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