Jean Ariey

1911 – 1987

de Saint-Léger-les-Mélèzes

racontés par ses filles :
Jeannine Garcin et Annie Mazet

    Jean Ariey, notre père, avait loué, en 1940, la montagne de Méollion, pour mettre un troupeau de génisses en été.

   Un couple de bergers, habitait sur place (la première maison, en arrivant au village), ils cultivaient un jardin, et faisait du beurre et du fromage, avec le lait de 2 vaches laitières.

    Quand les maquisards, se sont installés à Méollion, pour les aider à se nourrir,  (ils étaient nombreux) notre père leur fournissait la viande, il tuait une ou 2 génisses par semaine.

     Les bêtes étaient tuées à l’écurie, dépouillées et découpées, chargées dans une camionnette et emmenées. L’écurie était lavée, le matin il ne restait aucune trace de ce qui s’était passé, si ce n’était qu’une place vide, qui nous intriguait, car c’était nous qui gardions les vaches. Quand nous disions à nos parents qu’il manquait une vache dans l’écurie, notre père trouvait une réponse que nous croyions, et nous ne posions plus de questions.

     Notre Père faisait le commerce de bovins, il y avait beaucoup de va et viens à l’écurie, et parmi ces bêtes tuées pour les maquisards, certaines venaient certainement d’autres agriculteurs.

     Le chauffeur s’appelait Michel il était très gentil et nos parents l’aimaient bien.

Un jour le chauffeur a changé, Michel n’était plus là, il était passé du côté des Allemands, nos parents se sont inquiétés, car il connaissait le système de ravitaillement, et pouvait les dénoncer.

     Le jour de la foire, notre père qui se rendait à Gap, conduisait un cheval avec une charrette, souvent il ramenait de Gap, des marchandises autorisées mais aussi d’autres interdites, et cachées souvent dans de la paille. Notre mère et notre tante allées en vélo aussi à la foire.

    Arrivés au col de Manse, un barrage permanent des Allemands était installé, pour tout contrôler. Celui qui s’est avancé pour demander les papiers à notre père c’était Michel.

Notre Père a eu un moment de panique, Michel a regardé rapidement ses papiers, puis discrètement il lui a dit « ce soir quand vous remontez, ne passez pas par ici, car je ne serai plus là » il savait bien que sur la charrette il y aurait des marchandises interdites.

Quand notre mère et notre tante sont arrivées avec leur vélo, notre mère a paniqué en voyant Michel, gentiment il leur a dit «  Mesdames passez par ici » et n’a pas regardé leurs papiers.

    Nos parents n’ont jamais revu Michel, mais dans leur cœur ils ont continué de l’aimer, car envers eux il est resté celui qu’ils appréciés, quand il venait la nuit, chercher la viande.

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