Denis Gras

de Saint-Laurent-du-Cros

Le combat de Laye vécu par un jeune berger de 12 ans et demi

« Le lundi 17 juillet 1944 à 7h30 environ, notre mère comme elle le fait depuis plus d’un mois déjà, nous a préparé la musette (petit sac en toile qui contient le repas de la journée). Mon frère André, âgé de huit ans et moi-même nous partons garder la douzaine de vache que possède mon père, au lieu-dit « Les broues de Bayard », pâturages limitrophes entre la commune de St Laurent du Cros et celle de Gap. Nous y passons la journée depuis le début de juin à surveiller le troupeau.

Ces pâturages, à environ une heure de marche de notre hameau du Cros possèdent une herbe riche, savoureuse et abondante qui fait le régal du troupeau. Si bien qu’après avoir pâturer pendant trois heures environ, nous rentrons les bêtes dans un parc construit en planches de mélèze, à l’ombre d’immenses arbres (frênes, bouleaux et autres feuillus). Cet endroit est idéal pour faire reposer les bêtes. Adossé à ce parc, nous y avons construit une cabane en planche de 3m2 environ, avec mon frère ainsi que le jeune berger Moratto qui gardait le troupeau de M. Emile JAUSSAUD .C’est là que tous les trois nous avons pris notre repas en ce jour du lundi 17 juillet. Puis après avoir fait une longue sieste, difficile de dire combien de temps (nous n’avions à cette époque pas de montre pour nous indiquer l’heure).

Il est 15 heures environ, quand arrivent du même hameau que le nôtre ; Claire Meyer 17 ans et sa sœur Jeannette 11 ans, accompagnées par Joséphine BELLUE une femme d’une soixantaine d’années environ, que nous surnommions « maman Fine ». Elles arrivaient pour faire paître leur troupeau dans le même endroit que le nôtre.

A peine sont-elles à la hauteur de notre cabane, qu’elles nous crient de venir, qu’elles ont quelques choses de très important à nous dire : « Venez vite, les maquisards vont attaquer un convoi de soldats Allemands sur la route de Laye ».

Quelques minutes se sont à peine écoulées, qu’éclate une terrible fusillade, qui soixante ans après, m’en donne encore des frissons. Désemparés, ne sachant que faire, nous conduisons quand même nos vaches aux mêmes endroits, comme à l’accoutumée.

Mais de minutes en minutes l’angoisse nous envahie, la peur, la panique s’emparent de notre groupe, si bien que nous ne savons plus que faire. Il est 17 heures environ quand Marie-Thérèse Meyer la sœur aînée de Claire et de

Jeannette a été envoyée par leur père, David qui ramassait du foin avec son épouse au-dessus du village de St Laurent et qui se rendant compte de l’ampleur que prenait la bataille voulait éviter qu’un drame se produise. Il avait préféré faire revenir ses deux filles à la maison. A ce groupe, mon jeune frère André et Moratto le Berger d’Emile Jaussaud avaient suivi les mêmes consignes et étaient rentrés au village.

Tandis que « Maman Fine » n’ayant pas pris conscience du danger, me dit en patois (elle ne parlait que rarement le français) « Es enca bouone oure devrian anar far encare un paouc mangear les vatches es clapier » ; il est encore bonne heure, nous devrions aller faire manger les vaches au clapier.

Mais au lieu-dit les « clapier », nous nous étions rapprochés de l’endroit où se déroulait le combat. Si bien que nous entendions siffler les balles à nos oreilles qui parfois coupaient les branches d’arbres qui nous tombaient dessus. Ceci nous avait tellement traumatisés que nous n’osions plus bouger, paralysés par la peur.

L’heure avançait, il était dix-neuf heures environ et le troupeau, qui avait l’habitude de regagner la ferme à cette heure-ci, s’était engagé sur le chemin, malgré le combat qui faisait toujours rage; Le renfort Allemand était arrivé de Gap par le Col Bayard. Nous avons nous aussi été obligé de rentrer au village.

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