Clovis Borel

1923-2011

et les maquisards de la cabane de la Beaume (commune de St-Jean-St-Nicolas)

raconté par sa fille Danielle Matheron

et sa nièce Huguette Peyrin

Après la proclamation de la loi du 16 février 1943 par le gouvernement de VICHY, la plupart des jeunes de la classe 42 et 43 qui refusèrent de partir travailler en Allemagne, n’eurent d’autre choix que de prendre le maquis et se cacher… ce que firent donc 8 jeunes de Manse et Forest-St-Julien qui, dans une premier temps, trouvèrent refuge dans une grange de la commune mais, repérés par des personnes dans lesquelles ils n’ avaient pas confiance, ils décidèrent de chercher une cache plus sûre, plus isolée et plus difficile d’accès pour les Allemands et les collaborateurs.

Ce fut la cabane de la Baume (cf carte), cabane de berger située sur l’alpage de Clos Lamiande à 2100m d’altitude au-dessus des Richards et permettant de surveiller les allées-venues depuis la vallée de Pont-du-Fossé.

Ils y séjournèrent plusieurs mois pendant l’été et l’automne 1943 se faisant ravitailler souvent de nuit (en longeant le ruisseau le Brudou) par d’autres résistants.

Iréné Borel, Joseph Pellegrin, Marin Olivier, Emile Vallon, Marius Pellegrin,  les deux frères Jean et Clovis Borel, Gabriel Espitallier s’organisèrent ainsi pour, à tour de rôle, assurer la surveillance du site, les tâches domestiques quotidiennes (lessive, nettoyage), chercher à manger : que les marmottes du vallon, bien cuites furent délicieuses !

Se couper mutuellement les cheveux, « passer le temps » en attendant les nouvelles du déroulement du conflit, cacher les armes (des fusils Mauser, des grenades anglaises,…) Car les risques étaient grands d’être repérés, dénoncés, arrêtés pour résistance et désobéissance et d’être fusillés ou déportés. Il avait déjà fallu échapper aux nazis venus les chercher.

C’est ainsi que les frères Jean et Clovis BOREL ont raconté à leurs enfants comment s’était déroulée l’arrivée des Allemands à la ferme, au quartier des Bedasses à Manse :

C’était la période de la fenaison, deux charrettes attelées étaient prêtes à partir avec Jean et Clovis quand deux voitures décapotables allemandes (avec 2-3 personnes à l’intérieur) s’engagèrent sur le chemin d’accès. Les deux frères réfractaires au S.T.O. comprennent immédiatement le danger et courent se cacher : Jean sous une mangeoire des moutons à l’écurie et Clovis en sortant par le « pasturier » (un trou dans le plafond entre la grange et l’écurie) se dissimule derrière les bâtiments agricoles dans le canal d’arrosage. Les Allemands questionnent leur père, ancien poilu de 1914-1918 et alors maire du village de Manse qui répond ne pas savoir où se trouvent ses deux fils. Pour ne pas éveiller le doute sur leur présence, il appelle alors sa fille Jeanne qui se trouve sur le seuil de la porte et la sermonne ainsi : « Viens ici, dépêche-toi ! Qu’est-ce que tu attends pour partir avec les chevaux ? » Jeanne comprend les raisons de cet ordre, saisit les brides du premier cheval et s’exécute… suivie par le deuxième cheval et les deux chiens.
Pendant ce temps, précédés par Marie BOREL la maman, un pistolet sur la tempe, les Allemands pénètrent dans la maison, dans l’écurie, inspectent, fouillent, s’arrêtent un moment devant la mangeoire mais ne la soulèvent pas heureusement. Menaçants, n’ayant pas trouvé les deux réfractaires, Marie BOREL pense qu’ils vont mettre le feu à la ferme, mais non, ils repartent et doublent sur la route Jeanne et ses chevaux… et lui disent même au revoir. Soulagée, elle continuera encore son chemin par peur qu’ils reviennent sur leurs pas. Par la suite, Marie préparera souvent les paniers des victuailles destinées au ravitaillement des résistants et Jeanne à plusieurs reprises les acheminera chez des personnes de confiance qui se chargeront de les monter à la cabane de La Baume… Ces jeunes « mansiers » avaient 21-22 ans et des valeurs patriotiques.

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