Auguste Rispaud

1929

de Champoléon

 « J’ai connu la résistance à ses débuts. En 1942 il est venu deux jeunes aux Touronds : un était de Marseille, il s’appelait Maurice. L’autre était de Paris, il s’appelait François Le Marnelé. Ils ont passé l’été là-haut aux Touronds.
Je crois que ce sont les deux seuls qu’il y a eu cet été-là. »

Les maquis

En 1943, après il y en avait beaucoup ; mais alors Pierre POUTRAIN le frère du curé s’occupait des maquis. Ils avaient un mulet qui s‘appelait Bénito. Il descendait du fumier du Touronds  jusqu’au pont du Brout là où se situe le parking en dessous des Fermonds. Il descendait du fumier dans des bennes, ils en avaient fait un bon tas parce que le Père Poutrain voulait faire des pommes de terre pour le maquis. Cet été-là, ils ont descendu du fumier et l’automne, ils sont partis. Je ne sais pas où ils sont allés. »

En 1943, c’était vraiment un maquis important.

Fernand GRASSET

« A l’automne, il y avait un gars qui s’appelait Fernand Grasset qui se faisait passer comme curé. Il disait : ‘’moi je suis curé, je préfère rester tout seul’’, il avait pris une pièce au Chatelard, il espionnait tous les maquis. C’est lui qui a vendu le maquis de Champoléon.

Un jour, il y avait un Blanc des clapiers, le Père Blanc qui était là-haut sur l’étang pour ses moutons, il ne le trouve pas là-haut avec des papiers. Il avait déjà tout fait tout étudié. Ce gars-là avait fait le séminaire avec un gars de Briançon qui s’appelait  Marc  GIGNOU. Il se défendait de ça. Un jour il passait là-haut devant aux Pourroy, je gardais les brebis, j’ai vu qu’il y avait deux ou trois maquisards, j’ai dit là ils passent là. Alors ils sont partis, ils ont pris les pistolets, il y avait mon frère qui était avec eux qui était pas dans le maquis. Ils sont allés le coincer dans le départ de la vallée du Touronds. Alors ils ont allés le coincer là-bas lui demander où il allait. Il disait, je vais aller aux Touronds. Vous allez aux Touronds à cette heure-ci, vous n’avez pas de sac rien du tout. Ils n’ont pas pu le….    il s’est défendu de ça. Il disait je suis un ami de Marc GIGNOU, on était très amis. Ça lui a sauvé la vie. Ils voulaient lui brûler la cervelle et ça lui a sauvé la vie.

Méollion et Champoléon : la rafle du 13 novembre 1943

Ils ont été avertis  trois jours à l’avance, et les maquisards du Touronds sont partis, ils sont allés au Préaux, un peu partout heureusement et Méollion aussi ils sont partis, parce qu’il y en avait aussi à Méollion.

Le 13 novembre, les Allemands rentrent dans Champoléon de bon matin et ils se positionnent deux ou trois soldats sur chaque village pour guetter tout ça et ma fois ils ont rien trouvé. Ils sont arrivés aux Touronds y avait plus personne. Ils ont incendié les maisons, avec des cartouches incendiaires. Ils les ont tirées d’en bas au moins deux cent mètres.

Ils avaient 10 camions, ils avaient une ambulance, ils avaient un mortier, ils étaient bien équipés. C’était important, ils nous avaient ramassé les jeunes là-haut aux Fermonds, à Champoléon, ils avaient ramassé des gens un peu jeunes et descendu aux Borels. Ah c’était un mauvais jour !

Ils n’ont pas trouvé d’arme, pourtant il y en avait des armes. Aux Borels, il y avait une maison qui avait des armes, une vieille maison avec un balcon et un échelle en bois et la porte était ouverte et ils y sont pas allés. Je ne sais pas si c’est parce qu’ils ont vu la porte ouverte, ils ont dû dire y a rien là-dedans et ils sont pas montés. Heureusement. Parce que je ne sais pas ce qui aurait fait des jeunes là-bas. Ils ont rien trouvé à nulle part. Y en avait à la cure, y en avait de caché sous les rochers partout. C’était des armes de la guerre de 14 presque tous des Lebel.

Quand les allemands sont arrivés à Méollion, ils ont trouvé une inscription faite avec du charbon de bois : Bande de couillons, vous arrivez trop tard. Ça c’est  Marc Gignou qui me l’a raconté. Il parait qu’ils avaient été obligés d’abandonner leurs sacs, parce qu’ils avaient la consigne de ne pas charrier leurs sacs si ça les gênait pour courir.

Ils étaient venus par Orcières.

La libération

En 44, c’était la libération il y avait un sacré peuple de réfractaires à Champoléon ils avaient même fait une prise d’armes là. Ils s’étaient installés dans les villages. Nous autres on en avait aux FERMONS il y en avait aux Borel, tu vois c’était la fin. En   44, c’était la libération de Gap et tout ça. Et ils étaient là, ils avaient fait une prise d’armes là entre les Borels et le Chatelard au pied des prés, juste là, je me rappelle il y avait des drapeaux en carrés, c’était la fin c’était la libération. Y avait le colonel, non comment il s’appelait…. ?

Ils avaient un clairon, et là c’est là qu’il y avait eu des parachutages.

 Parachutage

Des parachutages il n’y en a pas eu beaucoup y en a eu qu’un. Mais enfin ils avaient prévu aux Touronds le parachutage sur le plateau de la PLANURE et y a des maquisard et des gens du pays qui étaient montés avec pour faire des tas de bois pour faire du feu. Pour indiquer la position aux avions. Bon ils sont restés jusqu’à minuit et y a rien eu. Ils n’ont pas pu, ils ne sont pas venus. Et après ils ont voulu en faire un aux Fermonds. A travers des prés ils avaient mis trois tas de paille jusqu’aux Gondoins. Là il n’est pas venu non plus.

Et alors celui des Estaris ça c’est le seul qui a eu ici dans le canton, nous on était jeunes encore et dans la nuit de mon lit j’ai vu les signaux sur le Drouvet, on est vite partis à la fenêtre ils ont fait deux ou trois signaux on a attendu l’avion, là,  ils ont parachuté. Alors là c’était impressionnant, dans la nuit ça brillait. Ces  fusées qui éclairaient ! Je ne sais pas vraiment ce qu’il y avait dedans, des armes surement et peut être autre choses je sais pas.

Le poste émetteur

A Champoléon, ils avaient mis un poste émetteur. Le père Miollan avait mis un poste émetteur. Ils communiquaient avec Londres

Les Allemands à Champo

C’était encore la nuit, mon père va donner à manger à la mule comme d’habitude. Il revient et me dit : « c’es ia les boches » en Patois, les Boches  sont là… Des maquisards avaient été aux casses au Pourroy sous les Chalets et aux Casses ils avaient laissé une affiche et le Pierre Martin me dit : « va vite là-haut tu enlèves l’affiche » et à mi-chemin je vois derrière moi trois Allemands. Ils me prennent par le bras et me mènent sur un pré où ils surveillaient le chemin du Touronds. Je ne pouvais rien dire, je ne connaissais pas un mot d’Allemand et eux non plus ! Il y en avait trois couchés sur des couvertures avec une mitraillette, ma mère avait ramassé des feuilles mortes  pour faire litière aux bêtes et ils me mènent dans ce tas de feuilles et je ne voulais pas y rester, il se mettait en colère, il me montrait sa cartouchière c’était l’automne c’était gelé y avait une gelée blanche. Je me suis dit ça y est ils veulent me tuer là !

Qu’est-ce que je fais ? Je regarde en passant il y avait une petite clairière et après dessous il y avait le chemin du Touronds à 50 mètres  et bon je prends la vitesse et je saute de chemin et après il ne me voyait plus. Ils ne m’ont pas tiré dessus. J’avais peur. C’était gelé c’était pire qu’un concours de ski.

Interview réalisée et retranscrite par Paul MOTTE

Mot d’un ancien maquisard

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