Arnoux Jousselme

1923

de Chabottes

Où habitiez-vous pendant la guerre ?

J’habitais chez mes parents à Chabottes, nous étions 12 enfants. J’étais l’avant dernier de la famille.

J’avais reçu, peut-être de la préfecture? Je ne sais pas !!! Une convocation pour aller passer une visite sur Gap pour partir en Allemagne. C’est à ce moment-là que je suis parti de Chabottes. Comme si j’allais en Allemagne pour faire croire à tous que je n’étais plus là. J’avais un demi-frère qui était sur Gap, j’ai donc mangé là-bas et je me suis présenté à l’hôpital comme si j’allais passer la visite. Il y avait 3 personnes qui attendaient pour passer la visite alors j’ai fait demi- tour.

Je  suis allé prendre le car qui allait à Sisteron car j’avais 2 frères qui habitaient là-bas qui ont loué une ferme.

Encore une fois ce choix a été fait pour que je fuis ici et faire croire aux gens que j’étais partis en Allemagne.

            Au bout de quelques temps le facteur du coin me dit comme ça : « Il ne faut pas rester là car on parle de vous, il  y a quelqu’un qui vous a vu ici ». Donc qu’est-ce que j’ai fait ;  je suis revenu à Chabottes.

Ici on se méfiait de tout le monde car on ne savait rien, il y avait des miliciens, Il y avait de tout. Je ne couchais pas dans mon lit, j’allais dans une cave qu’il y avait dessous la maison et devant la porte mon frère venait y mettre des fagots. Au bout de quelques temps cette cave devenait humide, je ne supportais plus.

Il y avait quatre ou cinq bonhommes qui étaient comme moi, alors nous nous sommes regroupés pour vivre et travailler ensemble en tant que maquisards.

Alors on faisait attention, on avait peur tous les jours, on couchait dehors à droite et à gauche, on couchait dessous une pierre sur la route de Chaillol.

Mais figurez-vous qu’ici c’était les crapauds qui nous empêchaient de dormir car c’était l’hiver. Nous réchauffions le coin donc ils venaient en profiter. Ils nous sautaient sur le ventre (C’est avec son rire si touchant qu’il émana cette histoire).

Ensuite nous avons fait un trou dans un ruisseau pour y dormir. On rentrait dedans le soir et on y mettait un buisson devant le trou.

Alliez-vous à Prégentil de temps en temps ?

Non, nous restions dans le cercle d’ici. Nous étions dirigés par un garde forestier qui était à la plaine, il nous disait tout ce que nous devions faire. On a barré la route de St Leger durant un long moment.  Quand il y a eu un parachutage d’arme à Ancelle on allait barrer la route aux «  trois serres. » Et là-haut il y avait les maquis de Champoléon qui venaient chercher des armes dans la nuit. Notre mot de passe d’arme était : « 3-6 et ils devaient répondre 9 ».A la radio le mot de passe lors du parachutage c’était : «  Tiens tu auras du boudin ». C’était Mr Erault le maire du Forest qui était le dirigeant de nos travaux.

Dirigeait- il différents groupes dans la vallée, ou seulement sur Chabottes ?

Vous savez qu’à  Ancelle il y a cinq ou six routes qui aboutissent jusqu’au village ? Et toutes ces routes étaient barrées par les maquis.

Donc oui nous étions plusieurs de différents endroits. En général il y avait des réfractaires au STO ainsi que certains Alsaciens et d’autres qui voulaient simplement participer à ces projets. Il paraît qu’il y avait des armes qui étaient enterrées dans la grotte de Corbière. Il y a eu beaucoup de parachutages.

Durant nos convois il y en avait toujours un qui filait devant avec une lampe, il était armé tandis que les autres passaient un peu plus loin. Si c’était libre on avançait et c’est à tour de rôle que l’on passait devant. C’était toujours la nuit et surtout pas par pleine lune, il fallait que ce soit toujours obscur.

Et que faisiez-vous durant la journée ?

Et bien quand c’était calme j’aidais mes parents à la ferme. On couchait toujours dehors. On changeait souvent de lieu de couchage. Il y avait un cabanon là-bas dans un pré. Il y avait de la paille dedans alors on s’y est couché plusieurs fois.

Un soir la porte s’est ouverte, on s’est levé de suite et on n’a pas bougé. La peur nous gagnait. Moi qui connaissait le coin je leur ai dit ; «  Il y a un canal d’arrosage à sec, je vais sortir  et m’y jetterai dedans ». J’y suis donc allé et je m’y suis couché dedans sans bouger d’un bras. Ce n’était pas tout à fait la nuit. Au bout d’un moment c’est en levant la tête que je m’aperçus que ce n’était que le vent qui avait ouvert la porte grinçante.

La peur, car nous ne savions pas quel endroit aurait été sans risque avec cette milice qui courait les chemins.

 

Et dans votre petit groupe, aviez-vous des armes avec vous tous les jours ?

Oui, un fusil, des petites armes. Nous étions tout le temps armés. Nous faisions le barrage étant équipés. Nous avons transporté les armes d’Ancelle au Devoluy, nous sommes alors tombés en panne de carburant.

Après 200m de la grande route nous avions été obligés de nous arrêter. Une fois stoppé on voyait des voitures et des voitures, des Allemands venant de Grenoble allant sur Gap. Heureusement que nous n’étions plus sur la Route nationale mais 200 m plus loin.

Alors là je vous dis pas? Il y a eu  une cinquantaine de voitures ou plus.  Nous l’avons échappé belle !!!

 

Et après la rafle des Allemands dans le Champsaur, avez-vous continué à vivre de la même manière ?

Oui tout ce que je viens de vous compter se passait après 1943. Et puis à Chabottes le passage de la rafle nous l’avons su que le lendemain qu’ils étaient passés. Je sais plus où nous étions ce jour-là, nous faisions des déplacements, on écoutait toujours notre chef.

Combien étiez-vous sur Chabottes dans votre groupe de maquisards ?

Nous étions cinq jusqu’à la libération de Gap. En ce jour il y a eu un rassemblement à Ancelle, c’était 2 cars de la SCAL qui nous ont emmené là-bas… Du côté de la Rochette. Dans les cars il y avait des maquis et des gens des villages. Nous sommes descendus de la Rochette à pied jusqu’à la route, on a arrêté l’état-major qui était à l’hôtel Lombard, ils étaient 35 et tous étaient gradés, il y avait trois polonais.    Là on a bagarré !!!

(C’est alors qu’il me montre une cicatrice qu’il avait sur son visage, celle d’une balle passée tout près de l’œil.)

On était dans un champ de maïs en hauteur et on les a arrêtés un peu plus loin que Géant Casino, juste avant le pont de chemin de fer. Il y en a eu un  qui a été tué. On a eu de la chance, nous avions tiré dans un fourgon où il y avait des armes. Nous avions eu le chauffeur alors le camion est allé s’écraser sur un platane, il s’est alors retourné et a barré la route à ceux qui arrivaient derrière. On a alors tiré sur le TAS.

Il y en avait un qui était derrière un poteau, on lui a tiré dessus…Des balles et des balles mais il restait debout. C’était fou mais finalement ils se sont rendus.

Nous sommes alors partis devant pour les désarmer. Il y a eu un Allemand qui a tiré dessus avec sa mitraillette et nous à couper l’herbe juste devant nos pieds. On a pris les casques et l’on voyait encore celui qui était derrière le poteau mais en fait il était accroché au bois avec les jumelles au coup. Il était criblé mais on lui tiré encore dessus, nous avions presque coupé le poteau.

 

Et ensuite êtes-vous arrivés jusqu’au centre-ville ?

Oui on avait 35 prisonniers que nous avons emmenés jusqu’en ville. C’ETAIT ENFIN LIBRE !!! Les Gapençais nous offraient les bouteilles de champagnes le long des routes. Quelle journée !!!

Aviez-vous eu un autre prénom lors de la guerre ?

Non, nous n’avions pas de cartes d’identité. Écoutez, nous étions des maquisards et nous étions chez nous ici, on a rien eu de spécial.

Interview réalisée et retranscrite par Angèle Lemasson en 2014.

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