Robert Blanc

1922

du Roux-en-Valgaudemard

Propos recueillis par Paul Motte

Décor

« Je raconte, sommairement la résistance que nous avons connue au Roux en Valgo .Les villages étaient très peuplés. Lors d’un repas nous étions plus de quarante jeunes à peu près tous du même âge donc susceptibles de partir en Allemagne pour le STO. Nous avons formé un groupe qui était plus des réfractaires au STO que des militaires. Notre résistance consistait à ne jamais coucher dans notre lit. Dans la journée on rejoignait le village et on dormait dans des cabanes construites à cet effet ou dans des grottes naturelles ou dans les anciennes galeries des mines. »

Début organisation

« Ce n’était pas organisé du tout jusqu’au jour où un instituteur communiste  du village voisin nous a pris en main .Nous avons commencé un peu d’instruction, se coucher, ramper, se déplacer par bonds, écouter la description du fonctionnement d’une arme que nous n’avions pas, mis à part quelques fusils de chasse ou de la guerre de  14. »

Naïfs ! Démarche inconsciente

                  « On était naïfs. Un jour je devais aller chercher du fromage à la Chapelle. Quelqu’un me dit : « puisque tu vas là-haut  apporte donc les deux mitraillettes qui nous ont été attribuées. » Sans réfléchir au risque j’ai pris les deux « Sten » en bandoulière et, en plein jour, les ai rapportées tout fier au Roux. Imagine si j’avais rencontré une patrouille allemande ou même les gendarmes ! » Les gendarmes ! Ceux-là, ils n’étaient pas dangereux. Quand ils venaient enquêter pour savoir où nous étions, ils appelaient de loin en criant fort le prénom de la personne qu’ils venaient voir. Cela nous permettait de nous esquiver.

Le combat des Richards

        « Un jour d’août 44, je crois que c’était la veille de la libération de Gap, on a participé à notre manière aux combats du pont du Richard, c’est à dire qu’on était en charge de la mitrailleuse lourde, la 12/7.

   Sur cette mitraillette, il y a trois chargeurs, il y a le pied,  l’affut et le mécanisme, en réalité il y a deux canons et des bandes de mitrailleuses de 12/7  C’est-à-dire qu’on  a trimballé toute la nuit le long du canal des Herbeys avec chacun 3 ou 4 mètres de bande de mitrailleuses autour du cou, en somme on était des porteurs.

C’est là qu’on s’est mis en position au serre d’Entrepierre, ce n’était pas boisé comme maintenant, c’est-à-dire que du serre d’Entrepierre on voyait absolument le pont des Richards et toute la plaine. Et là on a utilisé cette mitrailleuse qui a quand même un peu « chaplé du Bosch». On était au Serre d’Entrepierre là où il y a le relais téléphone. On tirait sur le pont des Richards et au-delà même, car une 12/7 ça porte.

 Un instructeur qui s’était joint à nous, ChafreyGoiran est  descendu dans le canal en bas au bord de la route et il a décanillé un motard Allemand et il a récupéré la moto. Bon ça a été notre jour de gloire, puis ici ça a été fini !

Les allemands sortaient de 5 ans de guerre, et ils savaient y faire .La première rafale, ils étaient tous dans les fossés. Je crois que tout ce que l’on a fait c’est faire  sauter un mulet qui était chargé de munitions. Mais eux ils nous avaient repéré, parce qu’il y en avait qui n’étaient pas trop bien camouflés. Une chemise blanche par exemple, et ils ont commencé à nous astiquer, avec ou des mortiers ou des pièces d’artillerie. On a pris les bois en vitesse, on devait être une quinzaine à peu près.

 

 

Retour à l‘organisation

« Au début j’étais au FTP, un instituteur communiste  nous avait pris en mains, il n’y avait rien d’autre, par contre son beau-frère Joffrey- Boiran, que j’allais rejoindre, lui il était dans l’armée secrète, dans l’A S, la fameuse compagnie Clair. Le père Blache était le chef de l’armée secrète. A l’Allée c’était le FTP.
Avant que le colonel  DROUOT L’HERMITTE mette de l’ordre, c’était un peu la pagaille, y avait des maquis qui n’avaient de maquis que le nom, c’était même des fois des bandits des grands chemins.

Les  gendarmes de St Firmin

« Il y avait les gendarmes de Saint Firmin qui avaient laissé la brigade et ils avaient pris le maquis. Ils étaient à Navette. »

Arrivée des résistants du Valjouffrey

« Un jour on a vu arriver des résistants du Désert en Valjouffrey venus par le col de la Vaurze . Ils étaient pourchassés par les Allemands et ils nous ont laissé leurs armes pour rentrer chez eux incognito. »

Les camions italiens

« Les Italiens quand ils ont dû quitter Gap sont passés en  convoi de camions. On en avait chacun récupéré quelques-uns, y en a un qui était dans cette grange-là. Moi avec Pierrot Blache, le guide Bernard de Lachaup et un quatrième, on en avait descendu un. On l’avait planqué dans les iscles de Lachaup. Alors quand on l’avait planqué il y avait encore des feuilles mais après en plein hiver ça se voyait comme le nez au milieu de la figure. Quand les soldats Italiens sont arrivés avec les camions …ils ont cassé les rétroviseurs symboliquement sur tous les camions, l’air de dire on ne regarde plus en arrière. C’était des Torus des beaux camions tout neuf. C’était du matériel de guerre du matériel militaire, ils consommaient beaucoup mais c’était des jolis camions. »

« Les fusils Italiens on en avait récupérés quelques un, on était monté en chercher aux Pênes .Parce que moi j’étais jeune un peu fou comme un jeune chien, quand il y avait des conneries à faire, le maire il m’y envoyait. »

Fuite en Italie

« Pour passer en Italie ces soldats  sont allés voir Benjamin Bellon l’oncle de Mimi à Villard Loubière. Il faisait un peu l’entrepreneur, il faisait un peu tout et ils lui ont laissé deux ou trois barils d’essence en paiement et lui il a trouvé un guide, le père « Muret », quelques jambons et un sac de pain et le père « Muret »  les a menés en Italie au nez et à la barbe des Allemands. »

« Il s’en passait plus que dans une coucourde. On était des résistants d’occasion. »

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