Yves Perier

1924-2015

de La Chapelle-en-Valgaudemard

Propos recueillis par Paul Motte

Les  débuts de la résistance


 «  Je suis élève maître en deuxième année au Lycée Dominique Villard à Gap. On parle de plus en plus d’appeler la classe 44 après 42 et 43 au STO d’où avec trois copains de mon âge qui sont de la Chapelle on se réfugie au Rif du Sap début février 44. Les rumeurs de STO se sont calmées mais je reçois de l’inspection académique de Gap, l’avis de mutation sanction au lycée de Valence dans la Drôme pour ne pas avoir rejoint mon poste à Gap. Les écoles normales d’instituteurs ont été supprimées en 1941. Je suis fonctionnaire, donc menacé de révocation. Nous sommes en Avril 44. Je suis au lycée de Valence. J’y suis jusqu’au 27 mai, où je prends le train pour revenir chez moi à la Chapelle. On nous avait mis en congés.
A cause de rumeurs de débarquement. Il ne se passait rien mais on nous avait mis en congés. En gare de Portes les Valences, nous sommes bombardés au passage par une escadrille américaine qui allait bombarder à Marseille. Arrivés à la Chapelle nous participons avec quelques copains à l’organisation d’un groupe de résistants qui s’installe au village du Bourg, sous les ordres d’un homme qu’on disait capitaine, que l’on appelait Paul et qui venait de Marseille. On en saura pas plus. Il y en avait un autre qui se disait lieutenant et qui s’appelait BURGEN. Le lieutenant BURGEN était un Alsacien réfugié à St Maurice depuis 1941. Plus tard il s’est marié avec une fille de St Maurice. On avait deux sergents : Armand Prosper et Vincent Pierre qui étaient des jeunes ayant fait l’armée et fait leurs classes et qui avait de vagues notions. Et il y avait, les combattants, appelons les ainsi. CATELAN Jean dont le frère Joseph, séminariste était résistant à Gap; TEMPIER Fernand, Guibert Auguste qui devint maire de Guillaume Peyrouse par la suite. Ce dernier ne resta pas longtemps avec nous. Il ne nous  suivit pas à Grenoble. Quelques jours après on reçut la visite de quelques membres du maquis de St Firmin dans lequel il y avait un nommé Guénec. Il avait, c’était intéressant un fusil mitrailleur et des munitions. C’était bon à prendre, C’était un grand gaillard qui tirait avec son arme à la hanche. On disposa ensuite d’armes parachutés dans la plaine de l’autre côté du Drac avant ou juste après le débarquement, je ne me souviens plus. »  
On avait hérité d’une dizaine de fusils Remington américains, une mitrailleuse légère qu’on a appris à monter, démonter, deux mitraillettes Sten dont l’une se déclenchait seule si on la posait un peu fort.  On s’entrainait au maniement de ces armes au Bourg. »

Ma participation à la libération de Gap et de Briançon

« Arrivé le mois d’Aout 44 quelques jours plus tard nous nous rendons à Molines en Champsaur à la maison forestière pour être plus près de l’axe routier Gap-Grenoble, la N85. Nous y  effectuons quelques rares exercices de tirs à balles réelles. »

LE 19 AOUT 1944  

«  Le 19 Aout nous sommes informés du passage probable d’une colonne allemande qui remonte depuis la côte. Suite au débarquement et  qui va remonter vers Grenoble .Nous prenons position sur la route des Costes au-dessus de Chauffayer et là nous avions imaginé un système de piège en pensant que les Allemands risquaient de remonter de Grenoble pour passer en Italie.

  Au bout de la ligne droite de Chauffayer il y a une bute. Nous avions pensé mettre la mitrailleuse au fond sur la butte, direction Grenoble mais les troupes venaient de Gap. Il a fallu se carapater et partir. On avait laissé la veille une réserve de munitions pour la mitrailleuse, rive droite du Drac, et c’est là que je me suis rendu pour aller chercher ces munitions du côté des Draux. Les Allemands attendus sur la route passent par les bois. Les motorisés arrivaient par la route et la piétaille arrivait par les bois. C’était le signe qu’ils se méfiaient.

Après deux escarmouches nous nous replions et je suis volontaire pour aller récupérer les munitions de la mitrailleuse qui étaient stockées dans le bois de pin sur la rive droite du Drac. Un maquisard était désigné pour me relayer mais il était parti, il ne m’a pas attendu. Ce qui fait que je me suis retrouvé tout seul avec les bandes de mitrailleuses autour des épaules. Je ne risquais pas de dire que je venais des champignons.
Alors je vais passer la fin de l’après-midi à jouer à cache-cache avec les Allemands qui se baladaient dans les bois (mais autant dire qu’au mois d’août les jours sont longs) avant de rejoindre à la nuit tombante sous les balles traçantes les copains du groupe à la ferme des DRAUX. »

LE 21 AOUT 1944

« Alors là je passe au lundi 21, les Allemands ont continué leur route vers Grenoble et nous nous revenons pour les poursuivre, en pensant qu’ils sont partis. Le lendemain matin toujours en revenant de Molines sur la route des Costes il y a un grand virage dans les pins au-dessus de Chauffayer, quand on arrive là avec la camionnette, tout d’un coup Pau-p-pau-pau. Les Allemands avaient installé une mitrailleuse devant l’école de Chauffayer.

Je suppose que les Américains sont passés par la rive gauche du Drac. A mon avis. Comment ça se fait qu’ils étaient là-bas ? On les a retrouvés après la Mure à Lafrey c’était midi, ils s’étaient arrêtés avec leurs blindés et tout le barda et ils cassaient la croute. Nous les avons trouvés mais personne ne nous en avait parlé. Quand on est tombé dessus à la Mure on a dit « M…ils sont là. Ils cassaient la croûte, c’était midi ils repartaient après quand ça été l’heure de repartir.
Mais quand on a été arrosé par la mitrailleuse Allemande c’est qu’ils étaient passés de retour de Grenoble ou de Vizille, j’en sais rien. Parce qu’ils ont été accrochés par des Américains et du coup ils ont rebroussé chemin
Nous on était persuadés que lorsqu’ils s’en iraient depuis la côte ils passeraient vers Grenoble et ils remonteraient par l’intérieur et là ils ont fait le bon chemin le premier jour. »

    LE 22 AOUT 1944

« Le lendemain parce qu’ils étaient bloqués plus bas, ils sont repartis en sens inverse en direction de Gap et de Briançon. Ça a pas duré longtemps, ça été de courte durée, on n’avait pas tout ce qu’il fallait. Tout ce que je sais c’est qu’on a perdu le paquetage, on l’a abandonné dans la camionnette et puis c’était fini. On a fini la guerre, c’est le cas de le dire. On  a fini la guerre avec un short une chemise,  terminé, pas de couverture pas de paquetage. Et les arme, bien sûr !
Bon les Allemands repassent par Manse et le Col Bayard je ne sais pas au juste ou ils sont passés mais ils sont repartis pour rejoindre Briançon et bonne partie qui se rendront à Gap qui a été libéré la veille ou l’avant-veille.
Nous nous rejoignions les Américains qui nous font prendre position à LAFREY, sur la route de SECHILIENNE qui domine VIZILLE.

L’artillerie Américaine bombarde VIZILLE, et à la nuit tombée la garnison Allemande se rend. Ils étaient 400 ou 500 et nous poursuivons notre route sur Grenoble, on nous fait patrouiller toute la nuit du 22 au 23 août dans le cimetière de la TRONCHE, on cherche des miliciens qui se seraient réfugiés dans le cimetière, pour les débusquer.
Débusquer, rien du tout, on a fait des patrouilles la bas dedans et personne.
Moi ce que je sais, c’est quand revenant de patrouille on était 4 je crois. J’étais avec un copain on a fait le tour un peu dans le cimetière et en revenant j’ai trouvé Jean Catelan le frère de Joseph qui dormait debout sur un fusil, mais ça faisait deux nuits qu’on ne dormait pas. C’est la première fois que je voyais quelqu’un dormir debout. Voilà ça c’est une petite anecdote.

Voilà, après ça la garnison de Vizille se rend, nous on va à Grenoble on ne trouve pas les miliciens en  question et c’est notre deuxième nuit sans sommeil.
Notre chef s’était BURGEN je crois qu’il parlait Allemand et Anglais et on leur a dit, ils ne nous ont pas laissé reposer, ils ne nous ont pas invité à casser la croûte avec eux .Ils nous ont dit « vous prenez position » alors on est repartis. On avait un véhicule GAZO. »

LE 23 AOUT 1944 DEPART VERS BRIANCON

« Depuis Grenoble, nous partons vers Briançon où la garnison Allemande est au prise avec les Goumiers qui montent  de la côte, et des troupes Françaises, je ne me rappelle plus. Comment il s’appelait le général Delestrein un nom comme ça je ne sais pas, qui remontaient de la côte et qui étaient avec les Américains qui les avaient rejoints alors que les Allemand occupaient Briançon,  et occupaient les forts tout autour et tiraient depuis en haut des Shrapnels, affreux obus à fragmentations avec des billes aciers des machins comme ça. Ils occupent la ville et les forts autours et ils se replient. Les Américains foutent le camp. Ils ne s’attendaient pas à être reçus par l’artillerie Allemande qui était dans les forts. Et nous quand on est arrivés sur la route d’Embrun qui va à Briançon on a retrouvé les Américains qui revenaient dans leurs Jeeps

Comme ils les avaient bombardés plein la gueule, ils sont partis et ils ont laissé les Goumiers en leur disant vous vous dem…et nous on est venus en renfort des goumiers on n’était pas les seuls et on a été cantonnés dans des granges près du Grand Villard. A côté de Briançon Et on était chargé de patrouiller dans Briançon tant que ça ne se liquidait pas. Les Goumiers ils faisaient le boulot : l’essentiel  Ils gueulaient comme des … »

Anecdote du jeune prisonnier allemand
« Et c’est là qu’il s’est passé l’épisode d’un jeune prisonnier Allemand qui était dans son trou avec sa mitraillette tant qu’il a eu une cartouche il a tiré ,il s’est pas rendu quand il est sorti avec les mains en l’air on a vu un gamin de 15 ans, il avait plus une cartouche . Gonflé, gonflé parce qu’il était cerné on lui tirait sur la gueule de tous les côtés, il n’a pas bronché tant qu’il a eu une munition il a tiré, voilà. »

LE 25 AOUT 1944

« C’est deux jours après les Allemands cessent les combats et nous partons occuper le fort Rondouillet.
Pour éviter un retour Allemand possible dans la nuit, qui reviendraient réoccuper les forts, et bombarder le lendemain car il y avait des pièces d’artillerie, et puis le fort EMILIE on ne sait pas par ou passer et on passe la nuit sur une dalle étroite de béton qui est libre et qui est pas minée, on est à 2400 d’altitude quelque chose comme ça et on a toujours rien pour ce couvrir autant vous dire qu’il faisait froid sans rien pour ce couvrir on avait perdu le paquetage le 21 à Chauffayer impossible de dormir. Ça allait pas mieux on n’avait pas dormi avant on ne dormait pas après on était en mauvais état. »

LE 26 AOUT 1944

Et le 26 le lendemain pas de retour des Allemands qui auraient pu revenir occuper les forts, ils ne sont pas venus, ils sont passés en Italie. Pour rentrer en Allemagne par les cols Italiens. Et nous quitterons le fort le 28 on y est restés 2 jours là-haut et nous revenons à Gap pour y être démobilisés les premiers jours de Septembre.
Dans mon esprit ils n’y étaient plus  ils étaient passés la veille. Nous on était à peu près persuadés de ça, c’est pour cela qu’on venait tranquillement. Sur la route on venait tranquille mais ça a pas duré pétard de sort. On a été arrêtés, y a pas d’histoire. On s’est repliés un peu plus haut sur le bois et puis on a un peu essayé de répondre. Mais rien du tout. A la mitrailleuse ils fauchaient tout le coin. On  a abandonné.

OCTOBRE 1944

« Retour au lycée, engagement 3 ans au début de 45 dans l’armée de l’air. Appel début 45 à Salon d’abord, Orange après puis l’E P P N Vichy, ‘l E P P N c’est l’école préparatoire du personnel naviguant, à Vichy en réalité c’est à CUSSEY. Puis après il nous avait transféré au Bourget du Lac à côté d’Aix les bains

Voilà enfin c’était au Bourget du Lac, entre temps on avait connu deux faux départs en école de pilotage, l’EPPN c’était la préparation pour apprendre à piloter parce que c’est pour ça que j’étais rentré moi. La guerre dans le fond j’en avais pas bien à faire elle était pratiquement finie ou presque. Il y en a qu’un qui a continué en deuxième DP de notre groupe de résistant c’est Templier du Casset, Jean Barle lui il est resté et il a fait l’Alsace

Bon alors j’ai dit que deux faux départ pour l’école de pilotage .La première fois on était sur le quai de la gare et on nous dit on part plus. On devait partir à RAF en Angleterre pour faire l’école de pilotage et puis on ne peut pas partir y a pas de sous ça marche pas bon faut attendre, on attend.

La deuxième fois on parle d’Amérique on fait un transfert d’Amérique pour faire l’école de pilotage la deuxième fois tu te rappelles, ça marche pas. Pas d’argent on ne peut pas y aller

Alors on va aller au Maroc à NOISSEUR, NOISSEUR c’était une base aérienne que les Français avaient construite au Maroc et qui fonctionnait. Quand j’ai vu ça j’ai dit il faut attendre que ça remarche le système, il passera jamais. Un peu ça, un peu la demoiselle qui était pressée je suis passée au bureau au secrétariat du colonel j’avais tous les tampons tous les papiers je me suis fait une fausse permission, on est parti avec un parisien je me rappelle plus comment il s’appelle, il habite à un endroit de Paris ou le métro est aérien, j’ai dormi à l’hôtel.je me suis fait démobiliser, j’avais des faux tampons, j’avais l’ordre de mission pour qu’on me démobilise, j’avais tout trafiqué

J’aurais pu rester, mais la guerre était presque finie je disais qu’est-ce qu’on fout, ça sert à rien.

J’étais démobilisé je passerai le bac Philo en 46 parce que je l’avais pas passé avec tout ce Bazard, et j’ai été préparé au bac en 3 semaines par un type, un juif qui s’appelait DREYFUS, Louis, il s’appelait. C’était un Juif prof de philo au lycée henry IV à Paris. »

LE 22 aout 1944 ANECDOTE DE Madame PERIER

« Les filles on est venus voir nos fiancés, nos frères  il y avait des sœur Gaby c’était la sur de Guibert. On était quatre, mais je ne me rappelle pas qui était la quatrième. En pleine campagne, on est arrivées, une estafette est arrivée et nous a dit : « les Allemands sont en vue », alors on les a quittés et sommes redescendues à  Chauffayer.
Et à Chauffayer on a attendu, attendu, on était un peu dans les bois un peu sur la route. Et tout d’un coup on les a vus arriver par les bois, les Allemands. Ils faisaient WROOUM WROOUM c’était des mongols il parait. Et ils se sont mis devant l’école sur la petite motte, ils se sont mis à mitrailler et le cordonnier est mort derrière moi.

Alors on a traversé la route, et on est venus dans une ferme, dans la ferme on a amené le cordonnier, sa sœur elle pleurait. Moi j’ai dit : « je ne veux pas rester c’est un guet- append ». Alors elles m’ont suivie et on est allés dans un canal. Les Allemands arrivaient dans la ferme et on est restée dans un canal en contre bas et on voyait les Allemands passer. Et puis après on est restés je ne sais pas combien d’heures. Et il a fallu traverser un champ de blé et c’est là qu’on a vu les balles traçantes. On a traversé le champ de blé pour aller dans une ferme au bord du Drac. Là on a rencontré Monsieur MOURENAS qui était le garde forestier de Saint Firmin, on avait fusillé son fils le matin, mais il ne le savait pas.

Alors on a passé la nuit dans la ferme, on a dormi sur le pavé de la cour et le lendemain matin Mr  MOURENAS nous a raccompagné, par les bois. Par les bois on est arrivés au pont des Richard les Allemands revenaient alors on s’est cachés. On a attendu qu’ils passent, on entendait les mortiers des Américains, et les cloches de Saint Firmin qui sonnaient parce que Saint Firmin était libéré. Alors on a traversé la route et nous sommes montées à Saint Firmin et là on a dit au receveur qui s’appelait Borel qui était en communication avec la Chapelle de dire qu’on était saines et sauves. »

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